Head
haute école d'Art et de design Genève Geneva university of art and design
jeudi 3 mai 2012
L’Association Trafic a invité les étudiants(es) de l’option Information / fiction de la Haute école d’art et de design – Genève à réaliser une programmation vidéo dans le but de créer des liens entre un cadre pédagogique et un champ professionnel. Le séminaire « Histoire et théorie de la vidéo » donné par Geneviève Loup a permis de mener à bien ce projet. La confrontation de la vidéo artistique aux différentes formes de court métrage cinématographique a donné l’occasion de soulever des questions quant aux critères selon lesquels les artistes définissent leur approche spécifique. C’est à partir de l’hétérogénéité formelle et des genres au sein de la production de l’image en mouvement que le programme a été composé.
Avec les vidéos de Christophe Cupelin, Constantin Hartenstein, Tan Chui Mui, Arnaud des Pallières, Élodie Pong, Raphaël Rivière et Carolina Saquel
Sur une proposition de Mélanie Badoud, Joseph Favre, Léa Graham, Emmanuelle Griffon, Maëlle Gross, Yi-Chun Kuo, Florence Pellacani et Manon Vila.
En collaboration avec Geneviève Loup et Jean-Michel Baconnier.
Mardi 5 Juin 2012, à 18h et 20h (2 projections)
Trafic, Rue de Bourg 19, Lausanne, salle de projection dans les combles
www.trafic.li
Téléchargez le flyer_Trafic_Home_Cinema_4.12
(PDF - 27.9 ko)
Téléchargez le programme_Trafic_Home_Cinema_4.12
(PDF - 47.3 ko)
Cette programmation réalisée par Mélanie Badoud, Joseph Favre, Léa Graham, Emmanuelle Griffon, Maëlle Gross, Yi-Chun Kuo, Florence Pellacani, Manon Vila, étudiants-e-s en option Information / fiction à la Head – Genève, a été pensée de façon à retracer un cheminement variable, selon différents vecteurs temporels induits par les codes cinématographiques. En commençant par les génériques de fin de film regroupés dans la vidéo d’Élodie Pong intitulée Endless Ends, nous souhaitons marquer un point d’entrée qui laisserait libre cours à de multiples renversements chronologiques de lecture. Dans la perspective que le programme se poursuive avec l’envie d’en finir avec son propre tracé, Au revoir Bonaventure de Raphaël Rivière confirme la nécessité d’un détour ironique pour mieux se retrouver et continuer sa route. Suite à cette désorientation, comment définir de nouvelles directions en allant au-delà des considérations nostalgiques d’un contexte social ? Se dessine alors, avec Les Choses rouges d’Arnaud des Pallières, la direction d’une recherche. Dans un second temps, Pentimenti de Carolina Saquel interroge les critères permettant la définition de la stabilité d’une position individuelle à travers une métaphore éthologique. Ce processus d’une nouvelle articulation possible se précise encore par le biais du found footage et des techniques de montage utilisées par Constantin Hartenstein. La construction de LIFTN agence différents mouvements sportifs chronométrés ; la modification de la vitesse de ces gestes crée des effets de rebondissements entre différents espaces-temps. En contrepoint à cette discipline des corps, One Future de Tan Chui Mui met en parallèle l’ordre au sein d’un gouvernement totalitaire, avec le problème d’un citoyen qui génère une disjonction dans le système. À l’inverse, Finish Head de Christophe Cupelin compose des enchaînements chaotiques à partir d’extraits de films, prenant à rebours le lissage esthétique de l’iconographie cinématographique. Ce cheminement fictionné suit pas à pas le fil d’une histoire composée de remises en jeu, pouvant mener chacun d’entre nous à ses propres conclusions. Ce programme commençant par des génériques de fin de films laisse envisager la possibilité de sortir d’une mise en boucle, offrant d’autres voies imaginables.
Élodie Pong, Endless Ends, 2009, vidéo, en boucle, 6’48’’
Des génériques de films se succèdent, la plupart estampillés de la fameuse expression The End. Chaque histoire se voit concentrée dans son image de fin, mais alors même qu’elles pourraient se confondre par leur ressemblance, c’est pourtant la multitude des toiles de fond et des typographies qui ressort, induisant une nouvelle attention sur ces images. Généralement présentée en boucle, cette vidéo est montrée dans ce programme en un seul tour, préservant son côté poétique et absurde. En la plaçant en ouverture, nous avons souhaité lui donner un angle d’approche supplémentaire : un effet d’annonce pour un recommencement sans fin…
Raphaël Rivière, Au revoir Bonaventure, 2010, court métrage, 10’
Par une nuit d’hiver, entre une paire de rails, un homme de quarante ans et une jeune fille se rencontrent à l’occasion d’un projet commun : l’envie de mourir. Cependant, allongés côte à côte sur le sol blanc, glacés par le froid et l’embarras d’une première rencontre, ils sont vite distraits de leur projet. Ainsi, on se demande pourquoi ces personnages cherchent la mort, tout en cultivant des attentes optimistes. Difficile de dire si c’est bien vers une fin ou vers un début que leurs - nos - espoirs tendent.
Arnaud des Pallières, Les Choses rouges, 1994, 35 mm, montré en support DVD, 20’
Le film s’ouvre sur la problématique d’une dissolution de cohésion sociale ; l’appréhension isolée de chaque chose ne permet plus de donner du sens à un ensemble. Afin de comprendre ce vers quoi elles oeuvrent, l’enjeu consiste donc à réarticuler les ressemblances et différences. Ces questions prennent corps dans le point de vue d’un ouvrier qui sort de l’usine et traverse la banlieue est de Paris en mobylette. La mise en relation de l’image et du son travaille les différents passages qui s’opèrent au cours des trajets urbains, ainsi que des espaces mentaux et physiques. Sur fond de voix multiples se trame une complexité narrative, digressions philosophiques et poétiques qui posent la question de la survivance des choses rouges et de la militance. Le film se poursuit sur un postulat physiologique et physique énoncé par Aristote à propos de la perception des couleurs ; comme l’énonce une voix over : « il s’agit en gros d’un phénomène de perception qui s’opère au moyen du diaphane, l’humeur contenue dans l’oeil, et le milieu dans lequel baignent les choses ». Ce constat est ensuite associé à l’idée que le rouge, en tant que couleur arbitraire n’existant pas dans la nature, permet d’envisager le dépassement des rapports culturels et sociaux préétablis.
Carolina Saquel, Pentimenti, 2004, 16 mm, montré en support DVD, 8’33’’
Le titre de ce film qui signifie « repentir », questionne de manière métaphorique le processus d’apprentissage qui passe par l’observation, l’étude et la conscience de ses propres gestes. Alors qu’une voix over questionne ce qui fonde le choix d’une direction d’un corps et ses tentatives de corrections, les images donnent à voir le dressage d’un cheval traversant les différents plans fixes. Mouvements et interrogations intérieures se répètent de manière cyclique, rendant le spectateur attentif à ce qui compose son regard et son parcours mental.
Constantin Hartenstein, LIFTN, 2008, vidéo, en boucle, 1’30’’
L’artiste allemand a rassemblé différentes séquences de mouvements sportifs dont les vitesses, la continuité et le rapport à la gravité se voient modifiés par le montage de LIFTN. Les postures sportives paraissent alors suspendues en l’air, organisant ainsi une nouvelle chorégraphie. Pour ce programme, la vidéo fait l’objet d’une projection unique.
Tan Chui Mui, One Future, 2009, 4’45’’
Composé comme un diaporama, ce film est fait d’une succession d’images photographiques en noir et blanc. Cette oeuvre teintée de science fiction raconte une société parfaite où tout le monde serait heureux, hormis le fait que personne n’est en droit de parler. Cet ordre se fissure lorsqu’un individu est confronté à un dysfonctionnement. One future s’inscrit dans une série intitulée 15Malaysia constituée de quinze courts métrages réalisés par autant de réalisateurs différents, tous malaysiens.
Christophe Cupelin, Finish Head, 2004, 35 mm transféré sur DVD, 9’34’’
Finish Head constitue un remontage des photogrammes découpés dans des restes de bobines 35 mm trouvées dans la rue. Des images seules se suivent alors et l’illusion du mouvement dans les images laisse place au mouvement des images. Les photogrammes se meuvent et se répondent, sans que le précédent n’appelle un suivant. Finish et Head, sont les seules informations inscrites sur les bobines, sans elles le début et la fin se mêlent ; c’est entre ces deux points qu’une nouvelle chaîne d’associations peut avoir lieu, lecture particulière proposée par Christophe Cupelin.