Head
haute école d'Art et de design Genève Geneva university of art and design
lundi 18 avril 2011
Artiste, Paris
en conversation avec Yann Chateigné, critique, curateur, responsable du Département Arts visuels de la Head–Genève
Mercredi 20 avril 2011 à 19 heures
Head – Genève, boulevard James-Fazy 15, auditoire
Téléchargez le carton d’invitation Talking Heads_Huang Yong Ping (PDF - 516.6 ko)
La Head est heureuse d’annoncer la présence à Genève de Huang Yong Ping, considéré comme l’un des plus importants artistes chinois en activité. L’artiste est assurément l’une des grandes figures intellectuelles chinoises ayant émigré en Occident, et on conçoit d’ores et déjà son travail comme un jalon essentiel de l’histoire de l’avant- garde chinoise. Huang Yong Ping est pour autant une figure paradoxale, un artiste extrêmement actif, bénéficiant d’expositions importantes dans les plus prestigieux musées internationaux, et qui demeure dans le même temps un personnage discret, voire énigmatique. En dialogue avec Yann Chateigné, l’artiste éclaire trente années d’une carrière entre ombre et lumière, un travail au langage nourri de références complexes et d’engagements politiques, une œuvre mystérieuse et visionnaire.
Huang Yong Ping est né en 1954 à Xiamen, dans la région du Fujian au sud-est de la Chine. Après la Révolution Culturelle, de 1978 à 1982, il étudie à l’Académie des Beaux-arts du Zhejiang, dans la ville de Hangzhou. Nourri de pensée critique occidentale, d’avant-garde européenne (les figures de Marcel Duchamp et de Joseph Beuys son essentielles à ses yeux), il publie des textes annonçant déjà son ambition de mettre en relation la pensée moderne occidentale avec le taoïsme. De retour dans sa ville natale en 1982, il devient l’un des protagonistes du groupe Xiamen Dada, mouvement séminal de l’avant-garde chinoise, sont il est considéré comme le chef de file. Il réalise alors, au milieu des années 1980, une série d’actions fondées sur le tirage au sort et le hasard, en opposition brutale avec l’académisme qui règne alors.
1989 : Huang Yong Ping arrive en France. Jean-Hubert Martin l’invite à participer à Magiciens de la Terre au Centre Pompidou à Paris, exposition considérée comme l’une des premières reconnaissances institutionnelle de l’art contemporain « non-occidental ». Au même moment, se produisent les évènements de la place Tiananmen : répression sanglante exercée par le pouvoir central, fin des utopies d’une chine aspirant à la liberté d’expression. Il décide alors de ne plus retourner dans son pays d’origine. 1999 : il est sélectionné pour représenter la France à la Biennale de Venise aux côtés de Jean-Pierre Bertrand et obtient la nationalité française. Depuis, l’artiste est toujours, étrangement, peu visible en France, enchaînant les expositions personnelles de par le monde, notamment aux Etats-Unis – pays qui lui offre sa première rétrospective, House of Oracles, produite par le Walker Art Center de Minneapolis en 2005. Wu Zei, sa récente exposition au Musée Océanographique de Monaco en 2010 fait montre d’une évolution continue de son travail vers une prise en considération du contexte, architectural, culturel autant qu’idéologique, comme matière première d’une l’œuvre qui se déploie entre histoire, mythe et monumentalité.
Huang Yong Ping est l’un des artistes essentiels du temps présent. Pour autant, aujourd’hui, la Chine le considère comme un étranger. Si, depuis 2001, il participe à nouveau à des projets dans son pays natal, sa démarche éminemment politique lui valut plusieurs fois d’y être censuré. En 2008, House of Oracles est montrée à Tokyo puis à Pékin pour l’inauguration de la Fondation Guy et Myriam Ullens. Vingt ans après Tiananmen, cette reconnaissance marque un incontestable tournant dans l’histoire de la politique culturelle du gouvernement chinois. Mais les événements récents, qui ont vu s’abattre sur l’artiste Ai Wei Wei une censure brutale, le contraignant à la réclusion, montrent qu’un immense chemin reste à parcourir. Huang Yong Ping aidera certainement l’art à continuer de le tracer.
Conférence donnée en chinois et en français, avec traduction consécutive.