Head
haute école d'Art et de design Genève Geneva university of art and design
Tuesday 21 December 2010
Armando Andrade Tudela, Mariana Castillo Deball, Aurélien Froment, Mario Garcia Torres, Dominique Gonzalez-Foerster, Nancy Holt & Robert Smithson, Joachim Koester, Adrien Missika, Uriel Orlow, Sean Snyder, Michael Stevenson
Une proposition de Yann Chateigné avec les étudiant-e-s du WORK.MASTER
Vernissage le 17 mars dès 18h
Rencontre et projection avec l’artiste Uriel Orlow autour de son projet égyptien “The Short and the Long of It”, puis ouverture de l’exposition.
Cocktails: un projet de Vianney Fivel, Nelly Haliti, Jean-Christophe Huguenin, Livia Johann, Beau Rhee, Habiba Saly, étudiant-e-s au WORK.MASTER de la Head – Genève avec Yann Chateigné.
Exposition du 18 mars au 23 avril 2011
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures
LiveInYourHead, Institut curatorial de la Head – Genève
Rue du Beulet 4, 1203 Genève
Télécharger le programme LIYH_The Mirage of History (PDF - 1 Mb)
The Mirage of History transforme l’espace d’exposition de LiveInYourHead en un dispositif de projection. Ce cinéma temporaire accueille une série d’oeuvres d’artistes, images en mouvement aux statuts multiples, entre vidéo, film et installation, autour desquelles se structure un programme orchestré par les étudiant-e-s eux-mêmes. Ponctué de rencontres avec les artistes, cette expérience se fonde sur un choix de pratiques envisagées comme autant d’explorations, prenant une apparence documentaire, d’espaces-temps inconnus.
Travaillant à la lisière du visible, ces investigations se concentrent sur une série de territoires non cartographiés et de zones blanches, de points aveugles de l’histoire et de récits fragmentés. Documentant des indices dispersés, opérant à partir de traces oubliées, elles sont autant de spéculations sur des histoires invisibles. Ainsi, les artistes rassemblés questionnent l’écriture de l’histoire elle-même, qui réside, selon Michel de Certeau, « entre science et fiction ».
Le point de départ de ce projet est un document visionnaire réalisé par Nancy Holt à partir de rushes qu’elle a tournés en 1968 avec Robert Smithson. On y découvre les deux artistes en compagnie de Michael Heizer, figures essentielles du Earth Art américain, errant le long des rives du Lac Mono, l’un des paysages les plus stupéfiants du territoire américain, lisant des extraits de livres de géologie, collectant des pierres, se jouant de la topographie réelle en une forme d’archéologie du futur. D’une manière similaire, Armando Andrade Tudela filme les étranges concrétions géologiques du plateau de Marcahuasi au Pérou : son regard s’insinue dans le paysage, s’attarde sur les détails étranges, surréels, les usages singuliers de ce lieu magnétique chargé d’histoires et de représentations magiques, image profondément sculpturale de ce que l’artiste appelle une « antiquité cosmique ».
Au travers de leurs tentatives de localiser « des îles dans l’histoire » (Marshall Sahlins), les artistes rassemblés dans ce projet cherchent des espaces propices aux réinventions, aux retours et révolutions qui contredisent la possibilité d’existence de l’histoire elle-même. En creusant sous les récits officiels, ils explorent des espaces encore laissés vierges. Ils fouillent, tel Uriel Orlow, les zones obscures que constituent les événements oubliés, vécus par une communauté temporaire fondée par les personnes embarquées sur les quatorze bateaux internationaux qui furent bloqués dans le Canal de Suez pendant huit ans au moment de la Guerre des Six Jours entre Israël et l’Egypte. Entre information, propagande et onirisme, de son côté, Sean Snyder observe les singulières expériences pédagogiques appliquées à l’art, conduites dans un petit village d’Union Soviétique.
Si ces artistes croisent les méthodologies du documentaire, de l’observation anthropologique, de l’étude historique, s’ils reflètent ainsi divers modes de production et de transmission de savoirs dans le contexte de l’art de l’exposition, l’absence de preuve tangible et vérifiable suspend alors le sens de leurs œuvres. C’est finalement plus dans « la dimension de l’absence qui est à rechercher » (pour reprendre les mots de Smithson) que dans le désir de combler les manques du récit historique que réside l’ambition de ces projets. Ils ouvrent une zone d’indétermination, menant à une expérience plus active du spectateur, dont le rôle ainsi libéré est dans le même temps contraint par la nécessité de prendre position face aux images.
Entre rêve et réalité, Aurélien Froment met alors en scène le processus cyclique et entropique de construction d’Arcosanti, ville utopique dans le désert de l’Arizona. Adrien Missika développe, lui, comme en miroir, une exploration de la matérialité de « ruines à l’envers » modernes, projets d’architectures visionnaires avortés ou laissés l’abandon, à la dérive. Tous deux offrent une version actualisée du paradoxe temporel rêvé par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss : si différentes parties du monde évoluaient à différentes vitesses, comme des réalités parallèles et coexistantes, celui qui voyagerait dans l’espace et observerait certains lieux préservés, serait aussi capable de voyager dans le temps.
Un dialogue possible entre des personnages réels et fictionnels se tient sur des scènes semi imaginaires, ouvrant un débat théorique entre les héros et les « passants de l’histoire » (Philippe Artières) : Joachim Koester documente les restes de l’Abbaye de Thelema d’Aleister Crowley, à Cefalù, où le réalisateur Kenneth Anger et le sexologue Alfred C. Kinsey se sont croisés ; Dominique Gonzalez-Foester, dans un film tourné dans le désert imma-culé de White Sands, convoque les spectres de la bombe atomique, d’Arthur Miller, des Misfits et de Marylin Monroe ; Mario Garcia Torres révèle, lui, la vision d’un peintre moderne face au paysage aride de Guadalajara, au travers d’une lettre filmée au lyrisme silencieux. Méditation philosophique sur l’histoire et la notion de probabilité, le film de Michael Stevenson s’appuie sur les traces d’événements liés à la vie de l’artiste Manfred Gnädinger, dit « Man » – sorte de Robinson moderne dont la vie a été emportée lors du désastre écologique du naufrage du Prestige en 2002 – alors que Mariana Castillo Deball croise, dans un essai en forme de fable hallucinée, l’histoire d’une femme travaillant au CERN de Genève avec la collection de pierres de Roger Caillois : visions kaléidoscopiques, boucles et sédimentations, un voyage, selon les mots de l’artiste, « entropologique ».
Un projet organisé en collaboration avec Kaleidoscope Project Space, Milan, qui en a montré une première version sous le titre The Mirage of History. Zones of Obscurity, White Spots, Explorations in Space-time en décembre 2010, à l’invitation de Michele d’Aurizio et Eva Fabbris.