Black Sites

Présentation publique des projets réalisés par les étudiants de l’Option Inteaction, dans le cadre d’un workshop organisé en partenariat avec le Centre de la Photographie – Genève, à l’occasion des 50 JPG – Triennale de la Photographie.

Avec Gauvain Jacot-Descombes, Deborah Holman, Nelson Schaub, Nathalie Preisig, Antoine Siron, Luca Kasper, Emma De Filippo, Lambert Segura, Angélique Tahe et Martin Ashton-Lomax.

Intervenants : Joerg Bader, Denise Berschi, Yann Chateigné, Hervé Graumann, Charlotte Laubard,  Sébastien Leseigneur, Claude Piguet, Gordan Savicic, Manuel Schmalstieg,Laurent Schmid, Swann Thommen.

Les récentes attaques terroristes qui ont touché, ces derniers mois, la Belgique, la Chine, le Bengladesh, le Burkina Faso, le Cameroun, les Etats-Unis, la France, l’Indonésie, l’Irak, le Liban, le Mali, la Suède, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, parmi de nombreux autres pays, ont fait émerger, par le biais des réactions différenciées des Etats atteints, fragilisés et menacés, une série d’oppositions dans le débat public sur ce que l’on coutume désormais d’appeler, du moins dans l’ère francophone, « l’état d’urgence ». Ces menaces, globales, invisibles et imprévisibles – qui semblent également planer sur Genève, on l’a vu très récemment – ont révélé un visage, encore resté en partie dans l’ombre, de gouvernement démocratiques se repliant sur eux-mêmes, faisant la démonstration de leur puissance militaire, faisant de la « sécurité » le mot d’ordre de leur action politique. Et cela, notamment en France, en dépit des lois qui encadrent le contrôle des populations.

C’est justement en France qu’aujourd’hui, le Premier Ministre, Manuel Vals, affirme que « l’état d’urgence sera permanent » jusqu’à ce que « l’ennemi » désigné comme étant l’Etat Islamique, qui avait revendiqué les attentats parisiens du 13 novembre 2015, soit « éradiqué » (« Libération » du 22 janvier 2015). Il renvoie ainsi, consciemment ou inconsciemment à l’analyse critique du philosophe Giorgio Agamben, l’état d’urgence, ou « état d’exception » comme on l’appelait en Allemagne dans les années 1930, qui fait reposer la politique sur la peur – voir la terreur pour reprendre une notion employée par le penseur Walter Benjamin à l’époque de la montée des totalitarismes – le contrôle et la violence, ne semble plus, et depuis longtemps, disons au moins depuis le 11 septembre 2001, être, justement l’exception, mais la règle. Les « états de sécurité » contemporains sont des « sociétés de contrôle » (Michel Foucault) ouvrant la porte à toutes les dérives discriminatoires, à la désinformation, à la « dépolitisation des citoyens » et finalement, à l’abolition de la démocratie (« Le Monde » du 23 décembre 2015).

Pour autant, certains groupes, certains individus, dont ce que l’on a pu appeler les « lanceurs d’alertes » s’alarment notamment d’une surveillance qui semble de plus en plus globale, totale et infinie des populations. Edward Snowden, le désormais célèbre informaticien, ex-employé des agences de renseignement américaines, a rendu public, en 2013, un ensemble d’informations top secrètes liées aux écoutes, aux captations de données massives, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, aux programmes de surveillance menés par la NSA. Ce que l’on sait moins, c’est que Snowden vécu à Genève, ville internationale, à la fois refuge historique des opposants politiques, et théâtre du secret et des intrigues du renseignement diplomatique. Au cœur d’une ville historiquement politiquement neutre, la question de la surveillance est pour autant prégnante, tant Genève est aussi l’une des capitales des organisations internationales, ambassades et associations non gouvernementales. Dans une cité où se côtoient silencieusement lieux de décisions politiques internationales et flux économiques globaux invisibles, l’information a évidemment une valeur toute particulière.