Célia Houdart – VOIX OFF

Toute l’étendue de leur spectre.

Après des études de lettres et de philosophie et dix années dédiées à la mise en scène de théâtre expérimental, Célia Houdart se consacre à l’écriture. Elle est l’auteur de quatre romans aux éditions P.O.L, dont Gil (à paraître en janvier 2015) et Carrare (2011), et d’un essai aux éditions Intervalles : Georges Aperghis. Avis de tempête (2007). Son oeuvre comprend aussi des textes pour le théâtre, un livret d’opéra, des poèmes en prose pour la danse et des pièces sonores diffusées in situ composées en duo avec Sébastien Roux. Son œuvre a été plusieurs fois récompensée, elle a notamment été lauréate de la Villa Médicis hors-les-murs et du prix Françoise Sagan 2012 pour Carrare (P.O.L). Célia Houdart est régulièrement invitée à intervenir dans des écoles d’art, en France comme à l’étranger.

 

Introduction de la lecture du 9 décembre 2014 par Carla Demierre :

Célia Houdart élabore une écriture de fiction qu’elle destine au livre (papier, électronique), à la scène (théâtre, danse, opéra) et à l’expression sonore (installations, performances, lectures amplifiées et œuvres radiophoniques). Après des études de Philosophie et de Lettres, et une dizaine d’années consacrées à la mise en scène de théâtre, elle fait de l’écriture son moyen de création privilégié. Elle a publié quatre romans (le dernier intitulé Gil paraît maintenant chez POL). Elle est également l’auteur d’un essai sur le compositeur Georges Aperghis et en particulier sa pièce Avis de tempête.

Célia Houdart développe en commun avec le musicien Sébastien Roux une œuvre sonore sous la forme de fictions radiophoniques spatialisées, bandes-son pour film imaginaire, séquences pour lecteur mp3, audioguides pour parcours fictionnel et installation dans des lieux spécifiques.

C’est encore avec lui (Sébastien Roux), et d’autres (un typographe et un designer interactif) qu’elle conçoit Fréquences, une adaptation en application pour smartphone d’un livret d’opéra ; une création quelque part entre le cinéma de lettres, la fiction radiophonique et le livre électronique.

Trouver de nouvelles conditions d’existence pour l’écriture semble être ici un principe nécessaire à l’élaboration d’une oeuvre qui, déployée dans le roman, sur la scène et avec le son, s’attache à décortiquer la machine perceptive et ses phénomènes, et à décrire les processus d’émerveillement par lesquels nous appréhendons le réel.

Les romans de Célia Houdart sont simples, faits de mouvements imperceptibles, de ruptures rapides, de coups de théâtre silencieux. Quelques événements tiennent en équilibre, l’équilibre change, tient à nouveau, change encore. Les drames ne parviennent à notre conscience que dans les changements qu’ils entraînent, comme des répliques, parce que la réalité sur le vif ne produit qu’aveuglement, et foule de sensation sans ordre. Il en est ainsi dans Les Merveilles du monde où avant de disparaître accidentellement dans le lac, alors qu’un orage a brisé les vitres de son appartement, un photographe de retour à Vevey après un séjour en Bretagne se souvient du Mexique où, au cours d’une longue marche imprévue, le soleil lui a brûlé les yeux et une femme est entrée dans sa vie. Les personnages sont des courants qui se croisent. Ils retrouvent des lieux familiers, font défiler des paysages, comparent les images du monde et leurs images mentales. Dans les livres de CH, le monde nous apparaît comme une chimie, un équilibre de paillettes, brisures et éclats de sens, que la fiction transforme et révèle. On retrouve aussi dans le dépouillement et la précision de son écriture, une distance irréductible analogue à celle qui conditionne notre perception.

Les Merveilles du monde, Le patron, Carrare : Les livres de Célia Houdart ont une lumière particulière, sorte de clair-obscur radiophonique, celui de la voix plongée dans le noir de l’écoute, où ce qui s’écoute sont les images.

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