Jean Daive – VOIX OFF

Jean Daive (1941) est poète & traducteur, photographe, animateur de revues, homme de radio, reporter, encyclopédiste. Son travail poétique occupe un large territoire où l’on trouve des volumes de poésie, des romans, des récits, des essais, des traductions, des entretiens, des livres d’artistes, des revues. Son premier livre paraît au Mercure de France en 1967 : c’est Décimale Blanche qui marque le début d’une œuvre abondante et d’une recherche formelle radicale croisant « poésie narrative » et « prose réfléchie ». Il traduit entre autres Paul Celan, Robert Creeley & Norma Cole.
Longtemps il est producteur à France Culture, où il crée aux côtés d’Alain Veinstein l’émission « Nuits magnétiques », et produit durant une décennie un magazine hebdomadaire des arts visuels appelé « Peinture fraîche ». Il crée des revues : Fragment (1970-1973) ; fig. (prononcer figue) (1989-1992) ; Fin (1999) ; et depuis 2013 une revue qui porte le nom d’un lac du Wisconsin, K.O.S.H.K.O.N.O.N.G chez Eric Pesty (3 numéros par an). Les livres de Jean Daive paraissent chez divers éditeurs : Fut bâti (1973) et Le Cri-Cerveau (1977) chez Gallimard. Entre 1982 et 2001, les éditions POL vont publier trois grands cycles d’écriture: Narration d’équilibre, un long cycle de poèmes ; La Condition d’infini, un roman d’apprentissage en sept tomes ; et Trilogie du temps (trois romans en vers). Aux éditions Flammarion paraissent plusieurs volumes de poésie, et notamment Onde Générale (2011) et Monstrueuse (2015).
Il a récemment publié un essai sur le regard « L’Exclusion », avec la Galerie Jean Fournier (2015). Et je vous signale enfin, aux belles éditions NOUS, un livre bref que sa bibliographie classe sous la rubrique « autres textes » : C’est L’énonciateur des extrêmes (2012) une sorte de conversation sourde et secrète entre les poètes américains Charles Olson et Robert Creeley. NOUS vient également de faire paraître, Les jours et les nuits, un essai sur Paul Celan, le livre (nous dit l’éditeur) d’une amitié de lecture et d’écriture entre deux poètes de générations différentes. Cette question de l’amitié comme phénomène surgit régulièrement quand on parcourre l’œuvre de Jean Daive. Les amis sont nommés, cités, évoqués, appelés. Ils apparaissent comme autant de spectres et de nœuds qui forment la trame sensible du texte, comme une manière de poser des repères à l’intérieur et à l’extérieur du poème.
Que la conversation soit sous-terraine, en marge ou qu’elle fasse irruption au centre du livre, il s’agit souvent de comprendre (je le cite) « comment dans l’amitié s’opère un transfert de pensée». On croise plusieurs Robert : Creeley, Frank, Rauschenberg. Quelques Marcel : Duchamp, Broodthaers. Il y a Paul Celan et d’autres. Si le livre avec Jean Daive est un lieu intime très habité (femmes, enfants, photographes, poètes & philosophes), la revue est le lieu des amis par excellence.
Prenons la dernière en date : K.O.S.H.K.O.N.O.N.G est un mot indien Winnebago qui donne son nom à un lac qui donne son nom à une revue dans laquelle se baignent (si vous me permettez) Anne-Marie Albiach, Robert Duncan, Toni Grand, Lorin Niedecker, Claude Royet-Journoud, Cole Swensen, Isabelle Sbrissa ou Ludwig Wittgenstein, parmi d’autres.
Alors l’espace du texte peut être entendu comme une géographie, on éprouve un sentiment de continuité entre le dehors (la revue) et le dedans (le livre). Et on imagine le poème comme une profondeur à la surface perforée pour laisser passer la lumière, les noms des gens et les noms des lieux ; les paroles, la mémoire.

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