Julien Maret – VOIX OFF

avec la nuit dans les talus les chats du voisinage

Julien Maret est né en 1978 à Fully en Valais. Après une licence en philosophie à l’université de Strasbourg en 2005, il s’établit à Genève et fonde la revue Coma (2007-2009) petit fascicule qui publie des textes de littérature francophone, germanophone et italophone. Il est diplômé de l’Institut littéraire de Bienne. Il a publié aux éditions José Corti Rengaine (2011), Ameublement (2014).

 

Introduction de la lecture du 13 janvier 2015 par Carla Demierre :

Julien Maret a étudié la philosophie à l’Université de Strasbourg, puis la création littéraire à l’Institut Littéraire Suisse de Bienne. Il est à l’origine de la revue Coma, publication de trente-deux pages en quatre langues, distribuée gratuitement, sans signature, ni colophon. Cette revue confidentielle, expérimentale et éphémère avait choisi l’effacement de l’auteur pour interroger la Littérature comme puissance collective. Julien Maret collabore régulièrement avec des artistes, comme Valentin Carron ou Luc Mattenberger, pour qui il a écrit des textes, ou récemment avec Pauline Guiffard autour d’une pièce radiophonique.

Pour Julien Maret la Littérature est faite d’amitiés et de solidarité, c’est une manière de « tenir ensemble » je le cite dans un entretien. Il y désigne aussi comme premier geste d’écriture une revue – elle s’appellait L’ABLATE, et il la fonde à 19 ans réunissant ses amis. Si écrire se pratique dans une communauté de pensée, Julien Maret dit aussi ne pas écrire avec « grand chose d’autre que le rythme ».

L’écriture comme la recherche de cette pulsation vitale de la phrase, fait du texte un lieu d’expérience. Le phrasé de Julien Maret balaye et balance, forme ses phrases d’impulsions multiples, d’élans successifs qui raniment régulièrement le texte. L’écriture est ici une histoire de pulsation, de dérive et de propagation.

Dans son livre Rengaine un homme chute dans un trou et voit sa vie défiler. Il tombe et il parle. La langue qui suit le mouvement, passe d’effondrements en reconstitutions, et du même mouvement conjure le désastre.

Ameublement son second livre raconte comment on remonte la mémoire de son enfance, cette vieille caisse de Lego. Chaque élan fait bloc – un bloc de phrases courtes agencées, objets d’un montage au point virgule, unique signe de ponctuation, comme un fondu éclair au noir. Chaque bloc trace une parcelle de mémoire. Dans ce livre, la mise en fiction, n’est pas une mise en ordre des souvenirs. De même que le travail de mémoire, n’est pas une entreprise de récupération des données. Simplement, une voix extraie des images fossiles, qu’elle dépose successivement dans le texte pour reconstituer la vie matérielle d’un individu, son rapport aux choses, et ce faisant donne à lire en quelque sorte une enfance des objets.

Parce que c’est une région labile et instable, un espace du vide et du plein, la mémoire est meuble. Elle est une puissance pleine de glace à l’eau fuselée, de mercurochrome, d’endives au jambon, de paillasson roux en poils de porc, de tube de lait condensé, de caisses à pommes, de tartes aux fruits, de boudins de terre glaise, de sauces béchamel et bolognaise, de pierres et de mottes de terre, d’oncles et de tantes.

Rengaine, Ameublement, ces deux livres dont les formes évoquent le chant ou le récitatif, sont les lieux d’une expérience singulière, proprement littéraire, de la voix. Leur lecture nous rappelle que la litttérature est un art du son et du sens.

Fichiers joints