Mandatory Passivity, curated by Lars Bang Larsen (Featuring Ride 1)

Avec Ramona Altschul, Denise Bertschi, Claire Chassot, Maud Constantin (avec Lauris Paulus, Milf Magnet et Sobranie), Sabrina Fernandez, Nina Langensand, Carol Joo Lee, Laure Marville, Yoan Mudry, Vincent de Roguin, Pierre Szczepski, Soap Conscious, Yusuké Yamamoto, Seyoung Yoon & Ride1

Une exposition organisée dans le cadre de Radical Enlightenment, un séminaire de Lars Bang Larsen pour Work.master

Vernissage
Jeudi 27.02 dès 18 h

Exposition
28.02– 15.03.2014
Mercredi – samedi, 14 – 19 h

L’exposition, à travers son titre et son thème, cite une passage prophétique de Jean Baudrillard écrit il y a presque quarante ans, dans lequel l’auteur prédit que le capitalisme tardif sera dans le futur organisé sur le mode de la participation et du jeu plutôt que sur celui du spectacle. Découlera de cette évolution la formation de citoyens et des consommateurs, non pas plus actifs et plus conscients, mais sujets à une passivité requise :

« De l’injonction, on passe à la disjonction par le code, de l’ultimatum on passe à la sollicitation, de la passivité requise on passe à des modèles construits d’emblée sur la « réponse active » du sujet, sur son implication, sa participation « ludique », etc., vers un modèle environnemental fait de réponses spontanées incessantes, de joyeux feedbacks et de contacts irradiés. C’est […] la grande fête de la Participation : elle est faite de myriade de stimuli, de tests miniaturisés, de questions/réponses divisibles à l’infini, tous magnétisés par quelques grands modèles dans le champ lumineux du code. Voici venir la grande Culture de la communication tactile, sous le signe de l’espace techno-lumino-cinétique et du théâtre total spatiodynamique ! »

Jean Baudrillard, L’échange symbolique et la mort, Paris, Editions Gallimard, pp. 110-111, 1976

En gros : voici notre vie sur le Réseau, smartphone à la main, « likant » spontanément, constamment impliqués dans des actes de communication.

L’interactivité, la participation et le jeu cessent alors d’être des modalités artistiques pouvant être utilisées de manière affirmative. Dans les avant-gardes historiques, les jeux représentaient des activités anti-hégémoniques par excellence ; elles étaient une des modalités d’émancipation chères à l’Internationale Situationniste, qui déclara même que nous devrions « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves ». Et Baudrillard de dégonfler ce festival de jeux anti-hégémoniques en prédisant – à raison, au vu de ce qui se produisit – comment les visions modernes de la libération des formes et de la créativité sans limite seront progressivement dévoyées en un festival participatif et rentable, qui attend de chacun de performer, en anticipant tout désir de communication.

Un monde qui offre ces espaces préétablis, sans fin, pour penser et agir n’a pas besoin d’approches naïves et infantilisantes de l’art. Une des réponses possible pourrait résider dans les installations anti-interactives, participatives et punitives du collectif Ride1 (Stig Sjölund, Ronny Hansson, Jonas Kjellgren). Dans Splash (2011), les participants se retrouvent la tête plongée dans la cuvette – chasse d’eau tirée – des toilettes du Moderna Museet de Stockholm : sommes-nous face à une action joyeuse, face à une manière de se réveiller du Festival de la Participation, ou tout simplement face à un abus total, à une vacherie ?

Comment analysons-nous et mettons-nous en scène ce genre de situation ? Comment l’art peut-il articuler l’engourdissement social décrit par Baudrillard ? Comment briser le sort de la « passivité requise » ? Un retour à la contemplation serait-il l’antidote au capitalisme tactile, ou bien devons-nous inventer des gestes plus radicaux ?