Patrick Bouvet – VOIX OFF

une enfant en état d’hypnose

sous LSDisney

le merveilleux au nord

l’horrible au sud

le sauvage à l’ouest

le mystérieux à l’est

 Patrick Bouvet (1962) est écrivain et musicien. Dans les années 1980, il se consacre essentiellement à la création musicale. Depuis les années 1990 il a étendu son travail sur le sampling et le collage musical à l’écriture. Il est l’auteur de nombreux livres, et notamment aux éditions de L’Olivier In Situ (1999), Shot (2000), Pulsion lumière (2012) et Carte son (2014). Le versant sonore de son travail s’exprime sur disque, avec Territory (2007) un livre-disque sur le label de Rodolphe Burger (Dernière Bande/Ed. Filigranes), ou Pulsion Phantom (2010, label Kwaidan) produit par Marc Colin (fondateur du groupe Nouvelle Vague) avec Julie Delpy, Helena Noguerra et Elli Medeiros. Il a créé plusieurs pièces radiophoniques pour France Culture et ses textes ont été souvent adaptés pour le théâtre.

 

Introduction de la lecture de Patrick Bouvet du 7 octobre 2014 par Carla Demierre :

On lit souvent à propos de Patrick Bouvet « écrivain-plasticien » ou « écrivain-artiste ». Aujourd’hui on emploie le suffixe artiste pour radicaliser l’« écrivain ».  Mais ajouter – pour le nuancer – à écrivain un autre terme dénote surtout le fait que le texte va échapper (et c’est pour son bien) à la Littérature. Dès lors, l’hybridité du texte-pièce – ou du texte-art – nous oblige à appréhender l’écriture par ses opérations. Si on voulait créer de nouveaux suffixes pour Patrick Bouvet, on pourrait augmenter l’écrivain de ceux-ci: -écouteur, -monteur, -échantillonneur, -mixeur ou encore -amplificateur. D’ailleurs Patrick Bouvet commence par ne pas être écrivain. Il est musicien; membre d’un groupe de rock; il réalise des installations sonores; il est également compositeur, et sa musique s’inscrit dans le courant de la musique minimaliste ou répétitive. Ce sont précisément ses expérimentations musicales, autour du collage et du sampling, qu’il va étendre au texte. Son premier livre paraît en 1999 aux éditions de L’Olivier. C’est In Situ, un texte qui démarre par le milieu, et avec cette phrase rapportée « le risque zéro ça n’existe pas ». Le texte mérite une rapide description. Des colonnes se forment qui occupent brièvement l’espace de la page. La ponctuation a disparu. Seuls les guillemets et les parenthèses distribuent la parole dans un espace tissé de phrases froides et dénudées (version fils électriques). Ce livre, comme la plupart de ceux qui suivront, se saisit d’un spectacle particulier, celui du monde que nous vivons en images, et s’attaque à la fabrication des récits du présent par les médias de masse. Ainsi, qu’il s’agisse de photographie de presse ou de mode, de cinéma, de vidéo, de télévision, de jeu vidéo ou de nouveaux réseaux d’images de soi, Patrick Bouvet s’empare des cadrages, des messages et des langages médiatiques pour les exposer à un certain nombre d’opérations littéraires. Disséquer, distordre, digresser et disperser en sont quelques principes, et constituent les gestes premiers d’une forme de résistance par le texte. Parce que le régime médiatique a tendance à écraser le monde, le réduire à un amas de choses sans effets et sans rapports. Une arme, un sac, une silhouette, une vidéo, une catastrophe, un habitant, une guerre, un décor, un mort, une photo, une phrase, un son, un avion, la jumelle d’une tour, une arme, une balle, un homme, une femme, une image, une légende, un pick-up, un lance flamme, des effets spéciaux, une star aimée et un public qui aime. Alors l’écriture s’impose comme un moyen très réel de restaurer entre les choses du monde des rapports et de réaffecter ces rapports de sens.

Les livres de Patrick Bouvet sont rapides et nombreux. Ils sortent à un rythme de un par an depuis la parution du premier. Citons: Shot (2000, suite de légendes sans images), Direct (2002, retransmission textuelle des attentats du 11 septembre 2001), Canons (2007, trois femmes – une lectrice de magazines, une starlette et une performeuse féministe – aux prises avec les canons de la beauté) ou encore, Carte son (2013, une vedette de la chanson perdue dans son image publique).

Signalons que certain textes de PB ont fait l’objet d’une adaptation théâtrale, c’est le cas de Shot et de Direct mis en scène par Cyrile Teste.

Mais ce qui traverse de part en part le travail de Patrick Bouvet, c’est avant tout le son. Que ce soit dans la pulsation et le rythme de l’écriture même, dans un travail d’adaptation sonore (travail de la voix, création de pièces radiophoniques, édition de pièces sur disques), ou encore dans une relation ténue à la musique (via sa pratique musicale, l’écriture de chanson et de nombreuses collaborations avec des musiciens).

Pour illustrer ce versant et pour finir, je citerais deux objets. D’abord un disque Pulsion Phantom (2010) projection sonore autour du cinéma fantastique et de science-fiction des années 70/80, avec en off des voix parmi lesquelles celle de Elli Medeiros ou de Fred Avril. Second objet, un livre-disque, Recherche + Corps, réalisé en collaboration avec le musicien et artiste Edie Ladoire, qui opère une rencontre entre poésie et musique électronique.

Fichiers joints