Samuel Rochery – VOIX OFF

C’est là que tu joues. Tu es un morceau du plastic de la bombe lente. J’ai pas dit à retardement.

Samuel Rochery est un écrivain et poète né à Angers (France) en 1976. En vers ou en prose, volontiers marginaux, ses livres se rapprochent du genre de l’essai et du conte, où se mêlent culture pop et philosophie (qu’il enseigne), journal et fiction. Traducteur, il s’intéresse à la poésie américaine actuelle sous toutes ses formes, en particulier sur le web, autant qu’au rapport qui lie son propre travail à la musique rock outre-atlantique. Publications récentes : Mattel, Le Quartanier, 2013, Now sports, Eric Pesty Editeur, 2014, et Mon Klovak, Contre-Pied, 2014.

 

Introduction de la lecture du 21 avril 2015 par Carla Demierre :

Samuel Rochery est auteur, traducteur et musicien. A ce jour une douzaine de ses livres ont parus, et notamment Now Sports et Oxbow-P chez Eric Pesty Editeur à Marseille, ou encore Tubes apostilles aux éditions Le Quartanier basées à Montréal. Il a créé la revue de poésie en ligne Les Cahiers de Benjy active entre 2005 et 2013 ; et Georges, une revue papier d’un seul numéro paru en 2006. Comme traducteur, il s’intéresse à la poésie américaine actuelle. Un bon nombre de ses traductions ont parus dans les deux revues que je viens de citer, et on les retrouve aujourd’hui compilées dans un journal de traduction sur le blog Poésie :Face B. Il est également le traducteur d’ Eugene Robinson, auteur, boxeur et chanteur du groupe de rock noise et expérimental californien, Oxbow. Samuel Rochery est aussi bassiste dans un groupe de rock aux côtés de l’auteur Guillaume Fayard. Et il fabrique des montages sonores mixant lecture, musique instrumentale et sons trouvés.

Ses livres portent naturellement la trace de cette intense activité musicale. Ainsi, on pourra tomber au détour d’une page sur John Cage dans une parenthèse nous rappelant que le son s’écoute, comme sur l’adaptation en pages de livre de la plage deux d’un album du groupe Oxbow. D’un certain rapport au son dérive aussi une idée du livre comme instrument de langage permettant de capter un large spectre de vie. Mais il n’y a pas que la musique dans la vie, et dans les livres de Samuel Rochery non plus. Il y a aussi le sport, la philosophie, la poésie et éventuellement l’amour. Mais on peut tomber sur de plus petits objets poétiques encore comme la mouche, l’éponge ou l’alcool. De rapprochement lumineux en téléscopages déconcertants, Samuel Rochery se propose de (je cite) « raconter ce qui se passe dans le monde et dans le poème au même moment ».

Cultivant une esthétique de la note de bas de page, une pratique de la citation intégrée et un certain goût pour la pensée dérivative, Samuel Rochery expérimente de livre en livre une forme d’érudition mesurée, une façon singulière de déposer dans le texte des morceaux de monde concret. Entre la poésie et l’essai, ses livres mixent culture populaire et philosophie; discours en poème, journal et fiction. Chaque livre travaillant à la définition de sa propre forme, détachant du bruit du texte des modèles particuliers, qu’il appelle: « esquisse théorique », « poème provisoire », « pensée parlé», « poème-apostille » ou « poème pensif-express », voire « calepin-cuisine », « plage de coudes », ou « gâteau d’inquiétude ».

Prenons la « plage de coudes ». Une fois chassée l’image d’un rivage couvert d’articulations, on voit que, du point de vue du poème, le coude désigne un passage difficile, et la plage, une idée de volume, pour y mettre du son, peut-être même de la place pour un corps. De là on imagine le langage comme une vaste zone de turbulence, et on comprend que Samuel Rochery s’équipe pour le traverser.

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