Laure Limongi – VOIX OFF

Glenn Gould est-il Soliste ? Peut-on se nourrir exclusivement d’œufs (en variant les recettes) ? Que viennent faire des faussaires dans un livre écrit d’après la structure des Variations Goldberg ? Comment le cœur du fantasque Howard Hughes est-il passé du côté droit de sa cage thoracique ? Pourquoi les pigeons (sur les toits) ? Pourquoi nommer les couleurs ? Pourquoi l’amour ?

Laure Limongi née en 1976 est écrivain et éditrice. Auteur de plusieurs romans, livres de poésie et essais littéraires, elle donne régulièrement des conférences et des lectures, parfois musicales. En 2006, elle créé la collection Laureli dévolue à la publication de livres de littérature contemporaine qui compte à ce jour 53 titres. Avec cette collection, elle entreprend entre autres choses de faire redécouvrir l’oeuvre d’Hélène Bessette, pionnière oubliée du Nouveau Roman. Laure Limongi revient sur cette aventure éditoriale dans Indociles (Léo Scheer), sorte de manifeste littéraire et journal d’une éditrice. Elle poursuit dans le même temps un travail prolifique d’écriture, son dernier roman Soliste est paru en 2013 aux éditions Inculte.

 

Introduction de la lecture du 4 mars 2014 par Carla Demierre :

Laure Limongi est écrivain et éditrice. Son activité littéraire entrecroise naturellement travail de création, d’édition, de critique et d’enseignement. A l’origine de ce tressage, l’idée d’une littérature ouverte, la nécessité d’échanger avec les autres écrivains, l’immense plaisir de lire (à voix haute et à voix basse), quelque chose comme la nécessité de rendre la pareille et l’obligation de partager un enthousiasme débordant pour les formes littéraires qui s’inventent aujourd’hui. On peut lire sur son blog ceci: “Dévorer les livres, rencontrer des auteurs, ne pas hierarchiser désir d’édition et désir d’écriture.” Ne pas hiérarchiser donc, et aller dans le sens de l’élan, c’est aussi donner de l’espace à ce travail de lecture à plusieurs voix qui caractérise l’approche littéraire de Laure Limongi.

Après des études de Lettres, elle travaille au sein des éditions Al Dante où elle crée et dirige la collection “&” (il faut lire esperluette) dont le projet est de donner des outils théoriques pour lire la poésie contemporaine.

Dans le même temps elle écrit des textes de fictions aux formes peu conventionnelles qui à coups de coupé collé copié détourné font dériver les glaces – au sens de miroir et au sens de ce qui vous dégouline entre les doigts. Ainsi, c’est par jeux de surfaces, organisation des échos, inversions et doublons que nous parviennent toujours par la bande – dans un sens très musical – des histoires et leurs digressions: celles de Jack l’Eventreur (dans un livre au titre perturbant de longueur Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques), celle d’Elvis Presley (dans le roman Fonction Elvis) ou encore celle de Glenn Gould (dans Soliste, son livre le plus récent). Souvent dans les livres de Laure Limongi, tout se passe comme si on était pris de “paréidolie auditive” – une version accoustique du phénomène qui nous permet de voir le visage d’Elvis dans une tranche de pain grillé – et qu’on se mettait à entendre la voix de la mère dans la voix du pianiste dans la voix du faussaire dans la voix de femmes dont on ne voit pas les jambes dans la voix d’esthètes de la disparition dans la voix etc. Tout se passe comme si une voix seule n’existe pas et il y a toujours quelque part de la musique.

Laure Limongi a d’ailleurs prêté la sienne au disque Deux coups de sonnette, qui réunit le texte de Pierre Henry “Journal de mes sons” et une création radiophonique dont ce livre a fait l’objet.

Entre temps elle créé aux éditions Léo Scheer la collection LaureLi, qui s’intéresse – je cite – aux gestes d’indocilité littéraire et aux ponts tissés entre les arts, et compte un peu plus de 50 titres, Avec cette collection, elle entreprend entre autres choses de faire redécouvrir l’oeuvre d’Hélène Bessette. En ouverture du catalogue de la collection une phrase qui appelle à : “Moins de centre, plus de circonférence; moins de nombrils, plus de mondes”. Laure Limongi revient sur cette expérience éditoriale dans Indociles (Léo Scheer), sorte de manifeste littéraire et journal d’une éditrice.

Elle enseigne la création littéraire à l’Ecole supérieure d’art du Havre dans le cadre d’un programme de master.

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