Projet de Recherche

L’Atlas de l’Anthropocène à Genève (TAAG, pour The Anthropocene Atlas of Geneva) est un projet de recherche sur le long terme, qui se propose d’étudier la façon dont les représentations des mutations environnementales mondiales de nature anthropocénique sont construites, partagées et mises en pratique, dans le quotidien d’une ville de Suisse. Dans un contexte où les interprétations scientifiques des données mondiales pénètrent de manière croissante les sphères du discours public, et où le nombre de personnes faisant l’expérience directe des changements environnementaux ne cesse d’augmenter, des rencontres et des débats animés s’organisent, qui traitent des implications concrètes, éthiques et politiques. TAAG explore ces discours, les processus de représentation qui les étayent et les initiatives et pratiques qui y répondent parmi les institutions gouvernementales et scientifiques genevoises, les ONG locales et les réseaux artistiques et militants de la société civile à Genève.

Le terme « anthropocène » reflète un consensus nouveau au sein de la communauté scientifique, selon lequel les processus sociaux à l’œuvre dans le monde interagissent et altèrent profondément les processus biophysiques de la planète. Le chaos climatique, l’augmentation de la toxicité à l’échelle mondiale et l’extinction des espèces font partie des formes de changement anthropocénique les plus médiatisées et débattues. Apparu dans la littérature scientifique en 2000, le terme « anthropocène » s’est rapidement diffusé dans les milieux académiques et s’est imposé dans les médias et la culture populaire. Il désigne des mutations indéniablement préoccupantes et pressantes, et pose à nouveaux frais et avec force des questions élémentaires concernant le rapport des êtres humains aux communautés vivantes non-humaines et aux assemblages terriens. En outre, ces mutations affectent des valeurs et des identités culturelles et politiques profondément ancrées, et soulèvent des questions dérangeantes en matière de justice environnementale et de spécisme. Ainsi, la masse croissante de littérature relative à l’anthropocène donne lieu à des débats essentiels sur l’éthique et la politique des changements environnementaux, ainsi que sur l’héritage et l’avenir de la modernité capitaliste. Le terme même d’ « anthropocène » prête à controverse, certaines voix critiques plaidant pour l’utilisation d’autres vocables tels que le « capitalocène » (Andreas Malm, Jason Moore, Donna Haraway), le « chthulucène » (Haraway), l’ « écozoïque » (Eileen Crist), et le « nécrocène » (Justin McBrien). TAAG se donne pour objectif de repérer les traces, échos, réverbérations et autres effets de ces communications et débats tels qu’ils prennent forme en un lieu particulier.

TAAG est un projet de recherche interdisciplinaire par les moyens de l’art, qui prend pour socle les contributions des études critiques, culturelles, féministes et post-coloniales, et qui se situe au croisement des études scientifiques, des humanités environnementales et des études animales. La recherche sur l’anthropocène constitue un mode d’investigation collective, transversale à de nombreuses disciplines traditionnelles, aspirant à faire la synthèse des savoirs émergents et à associer les méthodologies de façon pertinente et productive. TAAG s’inspire également d’une histoire riche en innovations artistiques et interdisciplinaires, axée sur les archives et les atlas, stimulée par l’Atlas mnémosyne d’Aby Warburg, œuvre pionnière. L’atlas, qui associe une logique combinatoire métonymique et intuitive à de rigoureuses compétences de recherche, devient ici une forme d’organisation d’archives autant qu’un outil méthodologique, destiné à orienter et catalyser la recherche.

L’équipe de chercheuses et de chercheurs de TAAG regroupe Gene Ray, professeur associé au CCC, et Aurélien Gamboni, Janis Schroeder et Kate McHugh Stevenson, ancien-ne-s diplômé-e-s du CCC. Ses travaux bénéficient du soutien d’un groupement de recherche consultatif constitué de chercheuses et de chercheurs et d’artistes internationa-les-ux. Successeur du projet de recherche « Cultures Émergentes de la Durabilité » (Emerging Cultures of Sustainability) (mené au CCC entre 2010 et 2014), TAAG a obtenu l’appui financier du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) jusqu’à fin 2018. Les activités de recherche seront accessibles au public grâce à la mise en ligne d’un fonds d’archives, et par l’intermédiaire d’un site internet et d’une exposition.