Les multiples voix des indiennes

16 janvier – 22 février 2020

Les multiples voix des indiennes

L’exposition-recherche a été conceptualisée dans le cadre du séminaire Curatorial Politics du Master Recherche du CCC du Département des Arts visuels de la HEAD Genève entre 2017 et 2019.

Espace d’exposition LIYH Département Arts visuels HEAD Genève

16.01.2020, 18:30 – Vernissage

18.01.2020, 16:30 – Visite guidée avec les participant.e.s de l’exposition

17.02.2020, 19 :00 – Projection avec Ebuka Anowka a.k.a. Emma au LIYH, événement bilingue (Eng/Fr) : No Apologies, 50min, 2019, CH, par Aladin Dampha, Ebuka Anokwa, Lionel Rupp, Lucas Grandjean, Lucas Morëel, Mamadou Bamba.

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Image : Alexander Gence, Code ASCII pour *les multiples voix de “les indiennes “* (voicing Pl. 57 « Indienne de traite » au travers des écrits de Nikita Dhawan et Gabrielle Hecht), 2019

Les multiples voix des indiennes est une exposition-recherche sur la culture visuelle de ce textile colonial en tant qu’elle participe de la formation du capitalisme racial et de sa relation aux débats actuels concernant la technologie, l’éducation, l’art et le commerce global. Les indiennes, textiles anciens commercialisés entre le 17ème et le 19ème siècle, peuvent être considérés comme le social media de leur temps, représentant des paysages, des figures mythologiques, des animaux ou des abstractions géométriques et produisant des fictions raciales, des mythologies de genre, des fantasmes biologiques et des rêves géographiques qui animaient et animent encore l’ordre racial et genré de l’impérialisme européen.

Rayer les indiennes dans le titre de l’exposition permet de dénoncer ces textiles en tant que systèmes de valorisation de la matrice coloniale du capitalisme globalisé, à la fois proche et éloigné des pratiques de décolonisation en cours.

Les indiennes sont des textiles imprimés au bloc de bois, ​provenant​ de la côte de Coromandel en Inde de l’Est où ils participaient, en tant que langage visuel, à la transmission de savoir oraux. Le terme les indiennes a été inventé par le système colonial français au début du 17ème siècle et les techniques ont été adaptées à une production de masse destinée au marché européen. Les textiles sont d’abord exportés à Marseille, puis, à l’époque du colbertisme en France, l’industrie s’implante à Genève et à Neuchâtel en Suisse, d’où les indiennes continuent d’être envoyées dans des ports maritimes comme celui de Nantes en France afin d’être expédiées au Royaume de Dahomey, dans l’actuel Bénin, à Ambriz en Angola et au Royaume du Cayor, à l’ouest du Sénégal actuel. Du 17ème siècle au 19ème siècle, la production de textiles a servi de monnaie d’échange dans la traite transatlantique des esclaves.

Au lieu d’historiciser les indiennes, l’exposition les multiples voix ​des indiennes ​a pour ambition de mettre en question ces textiles en tant qu’infrastructure complexe afin de réfléchir à la longue histoire et à la nature proto-globale de ses implications contemporaines dans la relation du capital à la culture visuelle, l’art, la race, le genre et la violence. L’exposition propose de mettre en pratique les conditions d’une lecture multi-vocale de “l’option décoloniale” au sein d’une institution d’enseignement artistique en Suisse. De parler de ce qui vient après la “dette impayable” qui continue d’organiser les géographies contemporaines du capitalisme. Comment mobiliser les moyens artistiques pour discuter des motifs des indiennes aujourd’hui sans rejouer la violence épistémique des fantasmes coloniaux ? De quelles manières, en donnant naissance à des systèmes de production de valeurs dominantes, les technologies contemporaines prolongent-elles l’héritage colonial? Que peut offrir le cadre d’une école d’art en Suisse pour déstabiliser la boucle de rétroaction du capital et de la violence à l’égard de la race, du sexe et de la technologie ?

L’approche curatoriale des multiples voix suggère que l’exposition elle-même constitue un outil opérant pour les pratiques de recherche par les moyens de l’art, via le “faire” et l’observation. L’exposition est composée de trois couches : (a) Les productions issues du séminaire comprenant des interventions et travaux ayant pour but de faire émerger la voix [“voicing”] d’une sélection de toiles des indiennes, ainsi que des conversations relatives aux projets avec des interlocuteurs pertinents pour le séminaire, (b) des travaux artistiques existants nécessaires au développement d’une littératie visuelle au travers d’un prisme décolonial, et (c) une archive en ligne avec textes et documents, incitant à poursuivre la recherche, à l’intérieur et à l’extérieur de l’espace d’exposition (par QR-code). Les décisions curatoriales et spatiales mobilisent les éléments architecturaux du bâtiment — murs, couloir, passage — afin d’inscrire l’espace d’exposition dans les temporalités de la recherche. L’objectif pédagogique des multiples voix ​des indiennes est donc de contribuer à l’appel planétaire en faveur de la décolonisation des pratiques de l’art et de la recherche au 21ème siècle.

 

Avec les conversations, voix et contributions des étudiants et artistes : Ramon Amaro, Maïté Chenière, Zasha Colah, Jean Dutoit Collective, Harun Farocki, Mathilde Gaugué, Alexander Gence, Léa Genoud, Kiluanji Kia Henda, Lauren Huret, JooYoung Hwang, Doreen Mende, Noémi Michel, Clara Nissim, Tabita Rezaire, Julie Robiolle, Laila Torres Mendieta, Françoise Vergès, Grant Watson, Fatima Wegmann.

Encadrement du séminaire : Doreen Mende

Dispositif spatial et curatorial: Alexander Gence and Julie Robiolle

Design graphique (signalétique et brochure): Cecilia Moya Rivera

Etudiants du séminaire : Yasmeen Chaudry, Giacomo Galetti, Mathilde Gaugué, Alexander Gence, Doreen Mende, Clara Nissim, Julie Robiolle, Caspar Shaller, Chloe Sugden, Laila Torres Mendieta, and Fatima Wegmann avec soutien de Román Alonso, Garance Bonard, Doriane Geneste-Loupiac, Emilie Moore, Lorelei Regamey, entre autres.

Aide à l’installation : Aurélien Martin, Paul Paillet.

Merci à Vinit Agarwal, Helen Bieri Thomson, Kodwo Eshun, Elizabeth Fischer, Gilles Forster, Anselm Franke, Jean-Pierre Greff, Charles Heller, Katrin Kettenacker, Charlotte Laubard, Lisa Laurenti.