8 décembre 2009 - Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque Suisse, présente Archipel Nitrate de Claudio Pazienza

19 heures - Salle de Projection - rue Général Dufour 2

Des images. Par milliers. Parfois intactes, d’autres fois rayées, virées,
presque effacées. Des images qui reviennent à l’esprit de manière
incontrôlable. Pourquoi ce plan de « Sayat Nova » de Paradjanov, cet autre
de « The great train robbery » de Porter, ce regard de Maurice Ronet dans
« Le Feu follet » de L. Malle ? Pourquoi ces images s’incrustent-elles,
survivent-elles ? Soustraites à leur récit initial, elles nourrissent – dans
« Archipels Nitrate » - une nouvelle partition. Et c’est le lot des
images : mémorisées, tout spectateur en fait un usage très intime et
détourné. Elles cristallisent en elles – parfois - un monde, une vision du
monde. Ce qui soude, lie une image à une autre est archaïque. En nous, ces
images, d’époques et d’écritures différentes, se parlent, s’échangent du
sens. Et qu’on le souhaite ou pas, elles parlent toutes de temps. J’aime
penser que le « cinématographe » ne s’est occupé que de ça : saisir ce qui
n’est déjà plus, injecter une vitesse « virtuose » dans un fragment inanimé
et recréer un leurre essentiel. On pourrait même supposer que le
« cinématographe » est le premier outil qui nous a permis de jouer avec la
mort sans en avoir l’air. D’avoir l’impression d’être regardés par ceux qui
sont là, toujours – sur un écran - sans qu’ils soient encore de ce monde.
Etre spectateur renouvelle constamment cette expérience du temps, cet être
au présent de la projection. Là, à chaque fois, nous sommes « synchrones »
au Christ de Pasolini ou à ce personnage féminin de Lars von Trier dans
« Breaking the waves », « synchrones » à l’homme esseulé de « Los Muertos »
de Alonso. Au cinéma il n’y a que ça : le présent-présent, le présent-passé,
le présent-futur (Saint Augustin). (CP, déc 2008).

publié le 4 décembre 2009

modifié le 5 décembre 2009