Colloque "Documenter une présence au monde : le cinéma de Johan van der Keuken"

Bertrand Bacqué, enseignant au Département Cinéma/cinéma du réel, participe au colloque « Documenter une présence au monde : le cinéma de Johan van der Keuken » organisé par le Laboratoire Arts : pratiques et poétiques, du 28 au 30 mars à la MSHB de Rennes. Ce colloque a pour ambition de restituer la complexité de l’œuvre de Johan van der Keuken, dont l’ambition politique, fondée notamment sur une perception tranchante de l’inégalité des rapports nord/sud, fait écho aux tourments du monde d’aujourd’hui. Bertrand Bacqué y donnera une conférence sur Le montage chez van der Keuken, du texte à l’image, allers et retours, le jeudi 29 mars à 11h45.

Le montage chez van der Keuken, du texte à l’image, allers et retours.
Tout au long de son parcours créatif ou de ses interventions pédagogiques, Johan van der Keuken a consigné dans divers textes et articles sa réflexion sur le montage. Cela peut prendre un tour plus théorique avec " La vérité 24 fois par seconde " (1967), " Du montage chez Henry Moore " (1972), " D’un avion en altitude " (1982), plus pratique, à l’occasion d’une réflexion sur le montage et le rythme dans " Big Ben : Ben Webster en Europe " (1967), ou passer par la pédagogie des images avec " Eddy’s Bakery Shop " (1986)… C’est cet aller et retour entre théorie et pratique, textes et images (fixes ou en mouvement) que nous aimerions interroger, manière d’éclairer un mode de création qui doit autant à la sculpture, à la peinture ou à la musique qu’à la photographie et au cinéma.

Johan van der Keuken (1938-2001) est l’auteur d’une œuvre protéiforme, que ce soit en termes de formats (durée des films), de supports (cinéma ou photographie, pellicule ou vidéo) ou de méthodes. Cette diversité détermine une variété de propositions esthétiques et dramaturgiques qui font de lui un cinéaste inclassable, irréductible au seul registre documentaire dont il se méfiait au point de lui préférer cinéma improvisé, en opposition à un cinéma de fiction bien plus prémédité.

Van der Keuken rencontre le cinéma à la fin des années 1950, à un moment où apparaissent de nouveaux moyens techniques d’enregistrement du son et des images qui permettront l’émergence de ce que l’on appellera le cinéma direct. Son parcours couvrira près de cinquante années de cinéma, du cinéma direct à l’avènement de l’ère numérique, et l’ensemble de ses films (une soixantaine) s’articule autour de deux pôles.

Tout d’abord, un regard aigu et sensible sur un monde qu’il ne cherche pas forcément à comprendre, ni à informer, encore moins à expliquer, mais à restituer poétiquement à travers des Aventures d’un regard, selon le beau titre de l’album rassemblant une sélection de ses textes et photographies, publié aux éditions des Cahiers du cinéma en 1998. Le second pôle concerne une singulière attention à lui-même et aux siens avec une ambition autobiographique qui ne l’enferme pourtant pas dans la sphère intime, le monde extérieur n’étant jamais très loin : « Je ne documente rien d’autre que ma propre présence », écrit-il dans un de ses nombreux textes. À travers cette articulation entre les deux pôles, c’est sa propre place dans le monde que van der Keuken cherche non pas à définir mais à travailler, à interroger.

Programme complet

publié le 6 mars 2018

modifié le 7 mars 2018