GIFF - Geneva International Film Festival / Talking Heads avec Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

  • lundi 6 novembre 2017 – 19:00
    Théâtre Pitoeff

Talking Heads avec Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

S’il est une œuvre qui invente un territoire d’expression résolument novateur, c’est sans conteste celle de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige ; ils sont cinéastes, photographes, plasticiens et créent des récits qui s’engagent à dire politiquement et poétiquement une possible histoire du Liban et partant de mondes en butte à mille violences et porteur d’autant d’espérances.

Lundi 6 novembre 2017, 19h
Théatre Pitoëff
52 rue de Carouge
1205 Genève

Talking Heads mené par Jean Perret, directeur du Département Cinéma de la HEAD-Genève.
Cet événement est organisé dans le cadre du GIFF.

Leur œuvre est à la fois inquiète et confiante, inquiète à l’endroit de la complexité apparemment inextricable des faits de politique, de géostratégies, de marchés économiques et financiers et de rapports de tensions, de violences, d’exclusions qu’ils alimentent. Le Liban paraît être le territoire paradigmatique de ces situations, qui après la guerre civile de 1975 à 1990, la guerre avec Israël en 2006, est encore stigmatisée par une mémoire complexe et le présent de la crise syrienne et ses flux de réfugiés. Et espérance que leur travail de création puisse donner en partage des moyens esthétiques et narratifs susceptibles d’avoir prise politiquement et partant poétiquement sur leur monde, fait de mille mondes.
Aux forces régressives se protégeant des obscurités du temps, une de leurs dernières vidéo, Waiting for Barbarians, vue à Kassel cet été, rétorque et essaye littéralement d’y voir clair dans la touffeur obscurcie d’une ville, Beyrouth ?, de toutes les villes. Ils font résonner un poème de Constantin Cavafy. Celui-ci interroge les barbares ; qui sont-ils pour que nous puissions même les regretter aux frontières de nos territoires et de nos imaginaires ?

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, nés en 1969, enfants de la Guerre du Liban, inventent toujours plus avant des images, des récits en fragments ou d’un seul tenant, qu’ils s’ingénient à mettre en scène. Dans des salles de cinéma traditionnelles – voir les films Je veux voir ou The Libanon Rocket Society, pour des installations d’écrans et d’objets en dialogue - visiter Se souvenir de la lumière et Discordances/Uncomformities (voir la vidéo), sur de grands murs avec l’affichage de la photographie monumentale de Beyrouth, dont chaque visiteur est invité à prélever l’une des 3000 parcelles.
Faire sien le monde, le partager.
Il convient de prendre les dimensions de leurs activités incessantes, qui intègrent également des activités éditoriales - n’y a-t-il pas urgence à être inquiet et à être porté par l’espérance ? Depuis une vingtaine d’années, à force d’imagination fertile et de très nombreuses interventions et expositions à l’international, assorties de distinctions, jusqu’à celle du Prix Marcel Duchamp 2017, ces artistes tracent des voies de clairvoyance, d’intelligence et d’émotions pour une vision qui puissent encourager à comprendre et à rêver le monde en des utopies réconfortantes.

Texte de Jean Perret

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, candidats pour le Prix Marcel Duchamp 2017
Du 27 septembre au 8 janvier au Centre Pompidou à Paris

« Dans la continuité de notre recherche sur l’écriture de l’histoire et la construction des imaginaires, le projet Discordances/Uncomformities détourne et déploie la technique de prélèvement d’échantillons du sous-sol terrestre, appelé carottage. Avec l’aide d’archéologues, d’historiens, de géologues et de dessinateurs, explorant diverses modalités visuelles, nous cherchons à raconter certaines histoires et transformations de notre monde. Que perçoit-on des traces de l’histoire enfouies sous nos pieds, des catastrophes et des ruptures ? Tout est aplani, enfoui, recouvert, puis tout recommence. Ce sont des cycles constants, de destructions et de constructions. On mélange, on efface, on recycle les mêmes pierres, on détruit. Du détail, du micro au plan d’ensemble, nous avons besoin de ces rapports d’échelle », racontent les deux artistes. Discordances/Uncomformities désigne, en géologie, des surfaces prises entre plusieurs strates. Elles correspondent à des intervalles manquants dans la chronique du temps, à des ruptures et des discontinuités qui en disent long sur l’évolution de la Terre. L’histoire ne se lit plus simplement comme une sédimentation mais comme une fabrique d’actions mélangeant traces, époques et civilisations..

Vidéo de l’exposition :

publié le 17 octobre 2017

modifié le 13 novembre 2017