Histoire et esthétique du cinéma : cours et séminaires de Bertrand Bacqué au semestre d’automne 2013

"Disneyland, mon vieux pays natal" de Arnaud des Pallières

La voix off, entre fiction et documentaire

Avec les étudiant-e-s du Département Cinéma/cinéma du réel et des Arts Visuels de la HEAD - Genève, nous explorons, en ce premier semestre d’automne de l’année 2013-14, les subtilités de l’usage de la voix off (ou over) au cinéma. Après avoir parcouru les approches classiques et modernes de son usage dans la fiction (Guitry, Welles, Mankiewicz, Bresson, Resnais, Duras, Eustache…), nous nous attardons sur l’aspect documentaire de la question. De la voix “on” à la voix “je”, du discours direct au discours indirect libre, la construction d’une voix off passe toujours par la constitution d’une ou de plusieurs instance(s) narrative(s), plus ou moins proche(s) du réalisateur. De fait, de multiples stratégies sont possibles. Là où Depardon invente un personnage « si loin, si proche » dans Empty Quarter, Marker en invente deux dans Sans Soleil, alors que Godard multiplie les voix off – intérieure, méditative et sépulcrale – dans JLG/JLG. Ce sont ces différentes dimensions – ainsi que les rapports texte/image – que nous étudions, avec des analyses de cas précis qui vont de Pollet à Pazienza, en passant par Sokourov, Cavalier ou Des Pallières, autrement dit le meilleur de la création documentaire contemporaine. Où l’on apprend que la voix off est tout sauf une prothèse malhabile plaquée sur les images en manque de commentaire, mais le véritable enjeu d’une création artistique.

La poétique des auteurs, de Griffith à Rossellini

Dans ce cours destiné aux étudiant-e-s en première année de cinéma, mais ouvert aux étudiant-e-s d’Arts Visuels et de Design de la HEAD - Genève, nous parcourons les grands auteurs, des pionniers à la première modernité. Histoire de croiser les grandes « écoles » et les principaux « mouvements » artistiques, ainsi que les grands « genres », mais aussi de voir, au cas par cas, comment se constitue une écriture et sur quoi repose un « style » cinématographique, qui passe par ces « écoles », puis s’en affranchit peu à peu. Nous évoquons ainsi les débuts du cinéma avec Lumière et Méliès, les débuts d’Hollywood avec Griffith, le cinéma soviétique avec Eisenstein, l’expressionnisme avec Lang et Murnau, le documentaire avec Vertov et Flaherty, le réalisme poétique avec Vigo et Renoir, le burlesque avec Chaplin et Keaton, le classicisme avec Ford et Hitchcock, et la première modernité avec Welles et Rossellini. Où il est toujours question de cadrage et de montage, de récit et de dramaturgie, du rapport sons et images, etc. Chemin faisant, nous évoquons aussi les données techniques, économiques et historiques qui influencent la création individuelle. Chaque cours est l’occasion d’analyses de séquences précises et est suivi par la projection d’un long métrage de l’auteur étudié.

Montage, mon beau souci

Dans ce séminaire donné avec Serge Margel, et exclusivement destiné aux étudiant-e-s de deuxième année en cinéma en vue de la préparation à la rédaction de leur Essai Bachelor, nous lisons avec attention des textes consacrés au montage, après avoir étudié, les autres années, des textes fondamentaux sur l’image, l’utopie et l’anthropologie. Des textes de cinéastes – Eisenstein, Koulechov, Poudovkine et Vertov, mais aussi Gance et Epstein, Godard, Pasolini, Tarkovski et Pelechian – mais aussi de critiques – Bazin, Daney – et de philosophes – Deleuze, Rancière et Didi-Huberman… Où l’acte de lecture partagée devient le lieu d’une réflexion sur l’un des gestes les plus fondamentaux du cinéma et, partant, de la création au XXe siècle. Ce séminaire est aussi l’occasion de dédramatiser la lecture de textes dits difficiles, en vue de donner aux étudiant-e-s la capacité de les aborder avec profit pour leur propre compte et pour leurs recherches personnelles ultérieures…

Andreï Tarkovski, une poétique des images

Dans ce cours-séminaire proposé aux étudiant-e-s en Arts Visuels, nous étudions la poétique des images des films d’Andreï Tarkovski, l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Après avoir tenté de cerner la très haute ambition qu’il accorde aux images, en partant de la lecture du Temps Scellé, et de l’analyse de quelques séquences-clés de son œuvre, nous envisageons, à travers un film par cours, la mise en place de son esthétique singulière mais si éminemment poétique. Des signes et des symboles volontiers ambigus, toujours ouverts à l’interprétation, et des traces de la culture – littéraire, picturale, musicale – ponctuent ses images complexes. La nature et ses éléments (terre, feu, eau, air) sont omniprésents. Peu à peu, la profondeur de champ laisse place à des « profondeurs plates » combinées à des plans-séquences dont il est l’un des maîtres incontestés. À un certain point, chacune de ses images est l’occasion d’une sorte d’installation cinématographique. Mais, au-delà de son esthétique, c’est toute une anthropologie et une vision « perfectionniste » de l’homme qui est en jeu, avec pour horizon spirituel rien de moins que la fin des temps. Ce sont ces différentes dimensions que nous essayons d’appréhender, à pas de loup, comme son « anti-héros » le « stalker ». Pour conclure ce cours-séminaire en beauté, nous irons visiter en janvier l’exposition « Stalker » qui se tient à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains, en compagnie du directeur du Musée et des commissaires de l’exposition.

publié le 18 décembre 2013

modifié le 8 avril 2014