"La Faute à Rousseau" présenté à Nara au Japon

C’est à l’initiative de Naomi Kawase, réalisatrice japonaise d’une œuvre rare, célébrée dans les principaux festivals du monde, de Visions du Réel à Nyon au Festival de Cannes, que fut créé, dans sa ville natale, à Nara, un festival international de cinéma. La deuxième édition s’est tenue du 14 au 17 septembre 2012. Jean Perret, responsable du Département Cinéma, a été invité à y participer, notamment à l’occasion d’un débat unique dans un temple bouddhiste, où des habitants de la ville étaient invités à débattre de valeurs liées au développement durable, à la suite de la projection d’un film. Jean Perret a eu également l’honneur de présider le Jury international, composé de l’actrice Miyuki Matsuda et de Jacob Wong, directeur du Hong Kong International Film Festival.
Mais c’est le soir de l’ouverture du Festival que fut présenté La Faute à Rousseau, dont trois films de la HEAD - Genève et le seul film d’animation de la collection. Jean Perret a prononcé, à la demande des organisateurs, une présentation de ce projet, dont voici une partie :

Tout d’abord, vous dire que je suis ravi et honoré d’avoir été invité ici à Nara, dans ce festival qui est une plate-forme où se réunissent des gens de cinéma qui ont à cœur de partager des états de leur intelligence, de leur sensibilité, de leur perception du monde. Nous sommes, si je puis me permettre, des gens qui savons que la générosité d’une vision partagée, que les images de cette vision doivent être enracinées dans des expériences personnelles, intimes de nos vies.
Tous les films de Naomi Kawase, qui a pris l’initiative, avec tous ses complices, de nous réunir, ont cette qualité première de nous parler à partir d’elle-même, à partir de ce "je", de ce moi, qu’elle prend le risque de mettre en lumière. Risque ? Certes, dès lors que l’on met en jeu, en transparence, un dévoilement de soi, qui touche forcément à des zones fragiles, vulnérables.

Avec nous ce soir, je l’ai pris en quelque sorte avec moi, Jean-Jacques Rousseau, ce philosophe né en 1712 à Genève, qui est aussi un homme du dévoilement de soi, du dialogue avec lui-même et avec ses contemporains.

A lire les fragments du portrait que Jean-Jacques Rousseau dresse de lui-même, on est impressionné tant par son intelligence, par sa lucidité, que par les accents de sincérité portant sur la solitude de son travail et par son opiniâtreté à mettre en lumière ses propres déficiences et peurs. Jean-Jacques Rousseau fut témoin de la complexité du monde, politique, social, artistique du XVIIIe siècle, il étudia l’âme humaine, les rapports entre nature et culture, entre justice et injustice, se passionna pour les questions de l’éducation ; il étudia aussi la musique (il écrit un opéra) – et puis, ce fut un homme des campagnes, de la nature, au sein de laquelle il se promena tant, afin d’y trouver la solitude, parfois douloureuse, mais nécessaire à ses méditations. (…)

Rousseau, dans notre histoire est un homme des Lumières, qui fertilise les mouvements de pensée qui conduisent à la Révolution française, une période charnière, de basculement progressif en Europe dans les temps modernes.

Donc, JJR est né il y a 300 ans, et ça se fête. Pour nous, la condition de ces commémorations est de savoir si le philosophe nous parle aujourd’hui. L’idée de lancer une aventure de production de 55 films très courts, inspirés librement de l’œuvre du philosophe, est née de la discussion entre un jeune étudiant disant à son papa à quel point ce JJR qu’il lisait en classe était passionnant ! Il se trouve que ce papa est un cinéaste genevois, qui eut l’initiative de ce projet « La Faute à Rousseau ». Cette collection est ainsi le fruit d’une collaboration artistique exemplaire entre ce cinéaste, Pierre Maillard, le Département Cinéma/cinéma du réel de la HEAD – Genève et un producteur indépendant, RITA Productions à Genève.

Ensemble, nous avons sollicité un réseau de cinéastes dans toute la Suisse et venant d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Au Département de la Geneva University of Art and Design, quinze films d’étudiants ont été réalisés, et plus de dix dans des écoles en Allemagne, en France, au Liban et au Québec.

Dans cette dynamique de créativité, il convient de se réjouir tout particulièrement du fait que les films des cinéastes professionnels et des cinéastes en formation ne se distinguent pas les uns des autres. L’esprit des Lumières réunit toutes ces visions en une réussite commune ! (…)

Quatre films de cette collection sont présentés pour la première fois au Japon, en Asie :

Nos rêves, vos cauchemars de Felipe Monroy - Réveillons-nous, soyons des citoyens solidaires, c’est Rousseau dans la rue, aujourd’hui !

Simples d’Ophélie Couture - Aimons-nous dans la simple beauté de la nature !

Nature humaine de Camille del Pietro - Sachons entrer en harmonie avec la force d’un arbre et de l’univers !

Chemin faisant de Georges Schwizgebel - Et pratiquons la promenade qui invite à la méditation !

Jean Perret

publié le 15 octobre 2012