Le Grand Voyage au Lesotho

Car c’est l’un des traits constants de toute mythologie petite-bourgeoise, que cette impuissance à imaginer l’Autre. L’altérité est le concept le plus antipathique au « bon sens ». Roland Barthes, Mythologies

C’est précisément le « bon sens » qu’il s’agit de perturber en invitant les étudiantes et les étudiants à s’immerger pendant quatre semaines dans un univers parfaitement étranger. C’est le propre de toute démarche cinématographique, de toute prise de vue, de faire en sorte que cette prise ne soit pas de prédation. Faire l’expérience personnelle, intime, d’une étrangeté, d’un inconfort, afin de fonder un geste inspiré, habité de cinéma sur des terres étrangères. Quête de rencontres de l’inconnu.
Cette formation aux dimensions éthique et anthropologique anime nos cours d’histoire et d’esthétique du cinéma, comme nos ateliers de réalisation et par nécessité l’apprentissage des savoir-faire techniques. Comment, sur quels modes, avec quels moyens, approcher l’Autre et en faire un personnage de récits à inventer ? Et gare aux images pittoresques et d’inspiration touristique !

Après des séjours passionnants au Japon, au Cambodge, en Géorgie, en Roumanie ou encore au Liban et à Cuba, c’est au Lesotho que les étudiantes et étudiants de la 2ème Année Bachelor séjournent pendant un mois. Retour avec des films de courts métrages achevés, sinon quelques travaux de postproduction, le 16 décembre.
Ce Grand Voyage, aucun d’entre eux, ne peut se concevoir sans une collaboration étroite avec des cinéastes et professionnels du lieu même où nous travaillons.
Au Lesotho, ce petit pays de 2,2 millions d’habitants encerclé par l’Afrique du Sud, c’est avec Teboho et Don Edkins que nous pilotons ce projet. Don Edkins est un producteur d’importance, dont les activités ne cessent de prendre en compte les réalités les plus complexes et urgentes : les séries Landscape of Memory, Steps for the Future, Why Democracy et Why Poverty ont été des événements majeurs pour des millions de gens en Afrique australe. Ces films de courts et longs métrages ont également été vus dans de très nombreux festivals et nourri également des débats essentiels quant à l’avenir de pays en quête projets permettant de transformer nombre d’héritages et de situations problématiques en lien avec des valeurs, des identités, des visions nouvelles.
Teboho a grandi au Lesotho ; il fréquente une école de cinéma au Cap, séjourne au Fresnoy, poursuit sa formation à Berlin. Dix titres constituent d’ores et déjà sa filmographie, parmi lesquels en 2015 Coming of Age, un récit initiatique d’une grande finesse pour de jeunes personnages vivant dans les montagnes. Documentaire, fiction ? Un film enraciné en tous les cas dans les réalités et les paysages lesothans.
Pour le Département, Tizian Büchi, assistant au Département et cinéaste fait partie de l’équipe sur place et Jean Perret se rendra sur place pour la phase du montage et des finitions des travaux.

Ce voyage a été préparé à Genève ; une rencontre avec le vidéaste et peintre Luc Andrié, qui a fréquenté et fréquente toujours l’Afrique sub-saharienne, fut particulièrement riche en questions et échanges.

Sur place, des collaborations avec des étudiants travaillant au HUB audiovisuel de Morija et avec d’autres jeunes de la Limkokwing University de Maseru sont en cours. D’autres organisations sont partenaires, la Sesotho Media & Development, une structure que Don Edkins a initié, comme il y a quelques années le cinéma ambulant au Lesotho.

A suivre ici les informations et images venues de Maseru et Morija.

Vendredi 8 décembre

Ce vendredi 8 décembre à 15h, l’Alliance Française de Maseru organise une présentation des films réalisés lors des Grands Voyages précédents (au Japon, au Cambodge, en Géorgie et à Cuba) . Quelques projets du voyage au Lesotho, en cours de réalisation, seront également projetés. L’événement sera suivi d’un cocktail et d’une dégusatation de fromage suisse !

L’Alliance Française de Maseru
Corner Pioneer and Kingsway Roads
Maseru 100
Lesotho

publié le 5 décembre 2017