Les Routes de la traduction à la Fondation Bodmer

Babel à Genève – Du 11 novembre 2017 au 25 mars 2018

Martin Bodmer a construit sa collection, l’une des bibliothèques privées les plus riches au monde, autour de l’idée de Welt-Literatur. La traduction est au fondement de cette idée même. Il construit sa collection autour de 5 piliers qui sont autant d’aventures de traduction : Homère, La Bible, Dante, Shakespeare et Goethe. Les traductions d’Homère par exemple incarnent toutes les étapes de l’histoire de la notion même de traduction. On s’étripe autour des traductions de la Bible, entre la vulgate de Saint Jérôme et la Réforme de Luther, et elles font exister les langues que nous parlons. Dante fait écho à Virgile, lui-même écho d’Homère : les routes de la traduction sont les routes de la culture. Des trésors de papyri, de manuscrits, d’incunables sont déployés, souvent pour la première fois.

Les routes de la traduction sont aussi les routes du pouvoir – grec, latin, arabe, vernaculaires. C’est de politique qu’il s’agit avec la pratique des traducteurs, un savoir-faire avec les différences qui accueille la langue de l’autre et se transforme en retour. La Suisse, Genève sont des Babel qui parlent quotidiennement plus d’une langue – à moins que ne triomphe une seule, plus pauvre, l’anglais mondialisé…

Cette exposition étonnante rend sensible la différence des langues comme autant de points de vue sur le monde. Elle en joue, avec Goethe et Diderot ou avec Tintin et Heidi, elle met en scène la diversité, celle des idiotismes ou celle des langues des signes.

Dans le cadre d’un partenariat noué entre la Fondation Bodmer et la HEAD-Genève, les dix-sept étudiant-e-s Bachelor 1ère année du département Cinéma/cinéma du réel de l’école ont élaboré, par binômes, au sein de l’atelier Ecrire/traduire avec les sons sur la prise et le montage sonores encadré par Marie Losier, Clara Alloing, Philippe Ciompi et Emmanuel Chicon, des pièces librement inspirées par l’exposition "Les Routes de la traduction". Ces courts métrages sonores, expriment, chacun singulièrement, le rapport intime que nous entretenons avec le langage et les langues, qu’elles nous situent dans le passé "maternel", le présent de l’exil ou comme partie intégrante d’une communauté. Parler, en définitive, est bien l’acte qui nous relie au monde et nous "traduit" pour les autres, dans un mouvement perpétuel de différences et de répétitions.

Et si la traduction n’était pas tant une copie qu’une réinvention ?

Commissariat : Barbara Cassin et Nicolas Ducimetière
Scénographie : Stasa Bibic

publié le 8 novembre 2017

modifié le 13 novembre 2017