Les textes de Jean Perret et Bertrand Bacqué à la conférence GEECT - Teaching Documentary II

Jean Perret, responsable du Département Cinéma/cinéma du réel et Betrand Bacqué, enseignant HES étaient tous les deux présents à la dernière conférence Teaching Documentary II, organisée par le GEECT (Groupement Européen des Écoles de Cinéma et de Télévision) à Bolzano. Avec un programme qui réunissait différentes écoles de Cinéma et Télévision de toute l’Europe sur plusieurs journées (du 26 au 29 avril 2018), ce symposium portait sur les différents enseignements du documentaire à l’heure actuelle.

Introduction
New Media for an ongoing Enlargement of a unique global Village Market ?

Et si ces new storytelling strategies, flanquées de leurs nouvelles images VR et AR et légitimées par leurs transmedia circulations, étaient d’abord les réponses des industries audiovisuelles aux besoins d’une économie mondialisée engagée à gagner ses citoyens au miroirs ravissants du marché globalisé ?

L’appareil photographique est une nouvelle performance technique qu’appelle de ses vœux la bourgeoisie de la moitié du XIXe siècle en quête de bonnes images d’elle-même. Plus tard, la légitimation sociale de foyers aisés et des milieux culturels branchés est acquise au travers de leurs caméras Bolex 16mm et Super 8. Et de savoir que l’on s’est penché sur les ressemblances signifiantes entre caméra et fusil… chasser le monde ! Aujourd’hui, les technologies invitent à peu près tout le monde à devenir filmeur, au moins de lui-même (le règne des selfies). Les gens en nombre illimité accèdent ainsi au stade ultime ou presque d’un marché de fabrication et de consommation d’images tous azimuts.

Alors, les outils de la conquête du monde sont-ils aujourd’hui ceux qui créent de la plus-value ? A savoir des artefacts qui achèvent de festonner l’illusion de tout voir, à tout moment, en un spectacle continu ? Cette société du spectacle, qui est systématiquement engagée à la colonisation de tous les territoires, jusqu’aux plus intimes, se doit de générer de nouvelles images et d’autres récits. La réalité n’y suffit plus. L’inflation fait son œuvre. La réalité doit être virtuelle et augmentée. Comment garder bons pied et esprit, et son âme, en ces territoires aux consistances nouvelles ?

Le cinéma documentaire, il convient d’en repenser résolument l’archéologie. Et le monde, on voit combien il nourrit inquiétudes et suspicion. Ne devrait-on pas s’employer à déployer des espaces de réflexion et de création en des dimensions anthropologiques ? Les écoles de cinéma sauraient y refonder, y ressourcer, si besoins étaient, leurs pédagogies contemporaines. La notion de l’essai se donnerait alors comme particulièrement stimulante afin d’animer les dynamiques de formation.

Les écoles de cinéma ne devraient-elles pas être les lieux où l’on apprend à perdre du temps, pour en gagner, du temps précieux, en termes de pratiques de formation et de partage d’expériences, d’essais, dégagées des diktats du marché audiovisuel ?

Le diktat, c’est vite dit, soit. Mais l’atomisation des récits destinés aux réseaux de diffusion sur la toile et l’immédiateté de la diffusion des séries et collections de toutes nature aussitôt produites, réclament une efficacité narrative permettant de retenir pour un laps de temps, tendanciellement à la baisse, le spectateur. Celui-ci est atteignable à toute heure, il apprend à en être dépendant à toute minutes. Ses actes de consommation sont individualisés ; ils sont alimentés selon les pratiques du supermarché audiovisuel, de nombre de festivals et de quelques écoles, qui est de satisfaire au plus vite et sans réclamation la demande de chaque individu.

Cette efficacité du récit est-elle dorénavant reconnue comme un syntagme, dont les structures s’emploient à la simplification du sens en des messages monolithes ? Et que dire du spectateur, sinon que de citoyen compris en un contexte démocratique est in fine designé en consommateur dans un contexte capitaliste néolibéral forcément digitalisé ?

Et l’on sait par ailleurs que les réseaux sociaux sont les espaces possibles de contournement du flux établi, des tissus ramifiés pour des images, parfois des micro récits de résistance, de dénonciation, de contestation. Il en sera question aussi.

Un exposé conçu plutôt en slow qu’en fast food, avec des extraits de films, de séries, de webdocu, …

Texte de Jean Perret

New Media for an ongoing Enlargement of a unique global Village Market ?
Le texte de la conférence de Jean Perret

L’essai cinématographique, de la recherche à la pédagogie...
Le texte de la conférence de Bertrand Bacqué

publié le 9 mai 2018

modifié le 14 mai 2018