Semaine inaugurale - Rentrée 17/18

La semaine inaugurale (19-22 septembre 2017) s’est achevée par les récits de montage de Dominique Auvray, monteuse, qui détailla autant ses collaborations avec Claire Denis, Marguerite Duras, à laquelle elle a consacré deux films, qu’à Pedro Costa et Wang Bing, Philippe Garrel et Wim Wenders. Fortes rencontres aussi avec Jonathan Caouhette, venu de New York pour présenter le fameux Tarnation, film fleuve, heurté, habité, douloureux et affectueux, qui lança une trajectoire singulière dans le cinéma des marges américaines. Et que dire des Filles du feu, ces femmes kurdes en guerre contre l’Etat islamique, sinon que son réalisateur Stéphane Breton a exposé ses visions de la pratique du cinéma avec des exemples d’autres de ses films également, ces démarches solitaires et incarnées pour tracer des voies en Nouvelle Guinée comme en Russie en la Syrie. Et Antoine Boutet revenant de nombreux et longs séjours en Chine pour prendre la mesure avec Sud Eau Nord Déplacer de chantiers pharaoniques accompagnés de leurs lots de désastres. Autant de débats généreux, de portes et fenêtres ouvertes sur ce territoire du cinéma du réel, sur lequel le Département Cinéma s’emploie à faire circuler des courants d’air roboratifs. Des essais de courants d’air.
Chaque journée fut ponctuée par la projection de cinéhaïkus conçus pendant cette semaine par les étudiant-e-s. 2017-2018 sera aussi une année haïku !
Jean Perret

Tarnation, Jonathan Caouette, USA, 2004, 90'

Tarnation, Jonathan Caouette, USA, 2004, 90’

Mardi 19 septembre 2017
09h00 – 17h00, salle Robert Kramer

Invité : Jonathan Caouette, réalisateur
Projection : Tarnation, Jonathan Caouette, USA, 2004, 90’
Une proposition de Marie Losier, responsable pédagogique pour la première année, en collaboration avec Clara Alloing, assistante pédagogique

Tarnation, documentaire autobiographique et expérimental, dresse un portrait de famille chaotique, psychédélique et musical, composé de photographies, vidéos d’archives et films 8mm. Le film évoque entre autres l’homosexualité de Jonathan Caouette et la maladie mentale de sa mère Renée, qui conduit le petit garçon à être balloté de foyer en foyer jusqu’à ce que ses grands-parents l’adoptent.

I was born and raised in Houston, Texas where I grew up mostly with my grandparents while my mother Renee was in and out of hospitals dealing with schizo-affected psychosis. I also spent time in the foster care system where I experienced a great deal of neglect and abuse. Filmmaking and storytelling became a means of disassociation and escape from life. By picking up a camera when I was a kid and using it as a weapon, a shield and a way to illuminate how I was feeling about everything, I found a way to survive my life. Filming things was a way of talking to myself.
Jonathan Caouette

Filles du feu, Stéphane Breton, France, 2017, 80'

Filles du feu, Stéphane Breton, France, 2017, 80’

Mercredi 20 septembre 2017
09h00 – 17h00, salle Robert Kramer

Invité : Stéphane Breton, cinéaste
Projection : Filles du feu, Stéphane Breton, France, 2017, 80’
Une proposition de Jean Perret et Bertrand Bacqué, en collaboration avec Jonas Scheu, assistant pédagogique

Stéphane Breton est né en 1959 à Paris. Il vit plusieurs années dans les montagnes de Nouvelle-Guinée pour faire son métier d’ethnologue. Il trouve là-bas des gens pieds nus, armés d’arcs, dont il a appris la langue, l’humour, la cupidité et les disputes. Il en tire un premier film, Eux et moi (2001), dans lequel, observé par ceux qu’il regarde, c’est lui qui endosse le rôle du « bon sauvage » de naguère. Voir et être vu vont devenir le fil conducteur de ses films suivants tournés, à Paris en bas de chez lui (Le monde extérieur, 2007), au Kirghizstan (Un été silencieux, 2005), au Nouveau-Mexique (La maison vide, 2008), ou encore en Russie sibérienne (Quelques jours ensemble, 2012, et Les forêts sombres, 2014).

Son dernier film, Filles du feu, raconte l’histoire de femmes syriennes persécutées par l’État islamique, l’armée turque et les troupes du régime de Bachar Al-Assad, qui ont pris les armes, comme les hommes.

Sud Eau Nord Déplacer, Antoine Boutet, France, 2014, 105'

Sud Eau Nord Déplacer, Antoine Boutet, France, 2014, 105’

Jeudi 21 septembre 2017
09h00 – 17h00, salle Robert Kramer

Invité : Antoine Boutet, réalisateur
Projections : Sud Eau Nord Déplacer, Antoine Boutet, France, 2014, 105’ et Le plein pays, Antoine Boutet, France, 2009, 58’
Des propositions d’Olivier Zuchuat, en collaboration avec Tizian Büchi, assistant pédagogique

Antoine Boutet est un réalisateur et plasticien français. Il expose pendant dix ans ses vidéos et installations – fabrique d’un espace urbain de labyrinthes à fourmis, de ponts et canaux impossibles, de sites touristiques murés… Aujourd’hui, ses films documentaires renouvellent son travail sur la transformation politique du paysage. Sud Eau Nord Déplacer, qui suit le plus grand projet de détournement d’eau au monde, Zone of initial dilution, sur le barrage des Trois-Gorges en Chine et Le plein pays, portrait d’un ermite en France, ont été primés dans de nombreux festivals.

Dominique Auvray

Dominique Auvray

Vendredi 22 septembre 2017
09h30 – 17h00, salle Robert Kramer

Invitée : Dominique Auvray, monteuse et cinéaste
Projections : Extraits de films montés par Dominique Auvray
Une proposition de Daniel Schweizer et Olivier Zuchuat

« Je suis née à La Rochelle, au bord de l’Atlantique en 1950. Baccalauréat de philosophie et puis Paris, une licence d’anglais à La Sorbonne et une école d’interprètes et de traducteurs. Et aussitôt après le cinéma à plein temps, comme script-girl mais très peu et comme assistante monteuse.
Le cinéma, c’était arrivé quand j’avais 15 ans. Il y avait à La Rochelle un garçon que j’aimais beaucoup et qui lui n’aimait que le cinéma. Alors j’ai aimé le cinéma. Voilà.
Il est venu à Paris pour faire l’IDHEC, je suis venue moi aussi. Cinémathèque toute la journée à tel point que j’ai vu certains films noirs et blancs en couleurs.
Donc le cinéma et des rencontres, Aline Issermann, Benoit Jacquot, Philippe Garrel, Marguerite Duras, Barbet Schroeder. Et plus tard Claire Denis et Wim Wenders. Et plus tard encore, Vincent Dieutre, Nobuhiro Suwa, Pedro Costa et Wang Bing. Je résume.
Des beaux films que j’ai aimé monter, Le Destin De Juliette, Le Camion, Les Mendiants, Liberté la nuit, Koko le gorille qui parle, S’en fout la mort, Fragments sur la grâce, Un couple parfait, Casa de lava, La chambre de Vanda, L’amour fou, Pierre Bergé, Yves Saint Laurent
Et aussi Thomas Bauer, Valérie Jouve, Arnold Pasquier, Valérie Massadian, Yto Barrada, Nicolas Cilins et Pierre Thoretton.
Un jour j’ai eu envie de faire moi un film. Pour parler de Marguerite Duras, mon amie. J’ai fait Marguerite telle qu’en elle-même. Et puis après Duras et le cinéma.
Non je ne suis pas monomaniaque, c’est plutôt le hasard. Ce que je voudrais vraiment maintenant c’est faire mon film japonais et aussi continuer à monter les films des autres. »
Dominique Auvray

publié le 20 septembre 2017