Talking Heads Béla Tarr

  • mercredi 29 octobre 2014 – 19:00
    HEAD - Genève (Boulevard James-Fazy 15, 1201 Genève, Auditoire )
  • jeudi 30 octobre 2014 – 20:00
    Cinémas du Grütli (Rue du Général-Dufour 16, 1204 Genève, salle Langlois )

Béla Tarr, réalisateur, scénariste et producteur de cinéma hongrois

Mercredi 29 octobre, auditoire JF, 19h : discussion avec Jean Perret, critique, essayiste, responsable du Département Cinéma/cinéma du réel HEAD – Genève et Sophie Perrier, étudiante en troisième année.
VISIONNER

Jeudi 30 octobre, Cinémas du Grütli, salle Langlois, 20h : projection de Family Nest, suivie d’un débat en présence de Béla Tarr.
Entrée libre pour les étudiants de la HEAD

Être brûlé de l’intérieur comme habité par une vision démiurgique qui ne laisse de provoquer des questions quant aux énigmes racontées, qui sont parfois d’inexpugnables mystères, c’est l’expérience à laquelle l’œuvre de Béla Tarr nous convie. Et force est de constater que cette confrontation à des films remarquables a partie intimement liée avec la mise en scène et l’esthétique qui les façonnent. Rares sont les œuvres dont les choix formels constituent le récit même des films. Ou autrement dit, nous découvrons des histoires dont les récits font indissociablement corps avec les plans, la tenue de la caméra, les coupes, le montage, les sons, la musique. Avec Béla Tarr, c’est la conception formelle globale, faite d’une rigueur charpentée à force de plans séquences, qui fait l’objet de toute réflexion et qui nourrit toutes émotions. A l’heure où les films d’usage courant ne donnent lieu qu’à des commentaires sur l’histoire, c’est bien de la matière visuelle et sonore même de ces films-monolithes qu’il doit être question.

Ses premiers films, Nid familial, long métrage réalisé à vingt-deux ans, et Rapports préfabriqués, sont des portraits à caractère documentaire tant la caméra tient ses personnages pour épouser, surprendre, accompagner leurs visages et leurs corps saisis dans l’épaisseur obtuse de leur vie quotidienne. En un deuxième temps, ses films de grand achèvement sont orchestrés par des mouvements de caméras engagés jusqu’au bout de leur respiration à saisir les déchainements humains, la déréliction de leurs liens au monde, leur solitude essentielle, et peut-être – mais il conviendrait de chercher avec ténacité et quelque naïveté sans doute – des voies de rédemption par delà les paysages décimés par la pluie et la boue, par l’usure grise de l’écoulement du temps.

La baleine des Harmonies Werckmeister inscrit dans la pesanteur toute factice de sa corpulence une étrangeté au sein de la ville, qui va s’embraser en des violences comme inoculées par l’immense bête.
Les métaphores sont puissantes dans le cinéma de Béla Tarr, qui donnent des reliefs insoupçonnés aux paysages mentaux et à la plaine hongroise. Les pommes de terre sont bien mangées dans Le Cheval de Turin, et leur récurrence marque de leur consistance étouffante le sentiment précisément d’étouffement, de désespérance existentielle.

Avec ce cinéaste à nul autre pareil, dont l’œuvre fait partie d’un noyau dur de la création cinématographique contemporaine, dure comme un cristal noir, nous souhaitons parler aussi de ses structures dramaturgiques, dont les cycles sont portés par des mouvements de personnages de chairs et d’hébétude. Ceux-ci sont corsetés dans des temps longs – mais nous interrogerons également ces notions trop communes de temps définis comme longs ou courts.

Béla Tarr est le directeur de la film.factory, la Sarajevo Film Academy, une école de cinéma fondée il y a deux années. Le Département Cinéma/cinéma du réel de la HEAD – Genève et la film.factory sont en voie de conclure une convention de partenariat. Nous parlerons de l’enseignement du cinéma ! Et des réponses à inventer, à élaborer ensemble.

Par ailleurs, les étudiants du Master, développé conjointement par la HEAD – Genève et l’ECAL vont entreprendre un Grand Voyage en novembre à Sarajevo dans le cadre d’un Atelier de réalisation piloté par Béla Tarr et l’équipe pédagogique du Master.

Jean Perret

Eléments biofilmographiques

Béla Tarr naît le 21 juillet 1955 à Pécs en Hongrie. Il commence à réaliser des films dès l’âge de seize ans et son travail est rapidement remarqué par les studios Béla Balázs (Studios d’Etat) qui lui donnent l’opportunité de réaliser ses trois premiers longs-métrages, Le Nid familial, en 1977, L’Outsider, en 1981, et Rapports préfabriqués en 1982. En parallèle, Béla Tarr étudie à l’Ecole supérieure de théâtre et de cinéma de Budapest. Ces premiers films, évoquant la vie quotidienne et intime des gens dans un système socialiste, constituent la première phase de l’œuvre de Béla Tarr et se caractérisent par un style documentaire.

Son adaptation télévisuelle de Macbeth (1982) annonce un changement esthétique radical puisque ce long-métrage ne comporte que deux plans. Au milieu des années 1980, Béla Tarr entreprend une collaboration avec l’écrivain László Krasznahorkai (né en 1954), dont les romans constitueront la base scénaristique de ses films à venir : Damnation (1988), Le Tango de Satan (1994) et Les Harmonies Werckmeister (2000). C’est avec Damnation que Béla Tarr a développé plus avant ce style visuel qui l’a rendu célèbre : une photographie en noir et blanc et de longs plans séquences.
En 2007, il présente à Cannes L’homme de Londres, dont le scénario est basé sur le roman de Georges Simenon.
Enfin, Le cheval de Turin, annoncé comme son dernier film, est présenté à la Berlinale en 2011 et remporte l’Ours d’argent, ainsi que le Prix FIPRESCI.

En 2012, Béla Tarr fonde une école de cinéma, la film.factory, au sein de l’Université privée des sciences et des technologies de Sarajevo. Cette école se revendique comme une sorte de laboratoire à l’intérieur duquel les étudiants sont encouragés à développer une réflexion personnelle et humaniste sur l’état du monde qui les entoure. À cet égard, la film.factory s’emploie à développer un réseau international de collaborations et d’échanges dont la HEAD-Genève fait partie.

Sophie Perrier

http://www.cinemas-du-grutli.ch/agenda/9978-rencontre-avec-bela-tarr

publié le 20 octobre 2014

modifié le 18 février 2019