Talking Heads : Harun Farocki, Cinéaste, artiste et critique, Berlin

En dialogue avec Jean Perret, responsable du Département Cinéma/cinéma du réel et Frank Westermeyer, artiste, responsable de l’option Information/fiction du Département Arts visuels de la Head – Genève (la conférence sera donnée en anglais)

  • mercredi 22 février 2012 – 19:00
    HEAD – Genève (Boulevard James-Fazy 15,
    auditoire,
    1201 Genève )

Copyright/Autor : Hertha Hurnaus

dans le brouillard des images de marques, publicitaires et promotionnelles,

dans le flux désormais incessant des messages audiovisuels

alors que les gens de la rue ont un besoin impérieux d’y voir clair

alors que les abyssales tranchées du web regorgent de sites, de réseaux et de ramifications obèses

alors que la confusion et l’amalgame sont à leur comble entre communication et information

alors que la mise en œuvre de points de vue documentés et inspirés relève d’urgences quotidiennes pour fonder les identités nécessaires à charpenter des visions qui donnent sens au monde

Harun Farocki - il convient de faire valoir les engagements roboratifs d’un marcheur solitaire qui sait travailler en équipe, d’un passeur opiniâtre, d’un homme à l’intelligence acérée.
Il convient de saluer ce travail d’authentique création qui articule la pratique de la théorie et la théorie de la pratique de façon si inventive et spectaculaire.
Il convient de passer du bon temps à la lecture critique et rigoureuse des rhétoriques du flux et à la découverte de ses autres objets de connaissance, qu’il réalise, qui sont autant de contre-propositions dessinant une nouvelle géographie - désaxée - du monde et de ses images.

Harun Farocki - le compte exact existe-t-il, plus de cent films, des courts, moyens et longs métrages, qui relèvent du geste à la fois documentariste, expérimental et de l’essai au sens le plus inventif ; qui plus est, il conçoit des installations, recourt à la photographie, au dessin, il cherche, recherche, enquête, pose des questions, lance des hypothèses, risque des réponses.
Il sait dire et contredire - et surtout raconter autrement des histoires vraies.
Il engage toute une typologie d’images - de guerre, des news, de surveillance, des appareils d’exercice du pouvoir, d’archives de toute nature, de jeux vidéo, dont il met en lumière les vérités problématiques
et il s’intéresse forcément au cinéma même, à ses modes de reproduction du réel, à ses récits - qu’il n’a de cesse d’interroger, de démonter pour en démontrer les fonctionnements.

Harun Farocki - une œuvre spectaculaire, conduite selon des rythmes différents, un travail de très longue haleine, réactif, réflexif et toujours conçu dans un dialogue d’intelligence et de nécessaire provocation à l’endroit des pouvoirs des images établies.
Homme de talents complémentaires, de la réalisation de films à la rédaction de nombreux essais, de l’enseignement à de nombreuses collaborations, il développe actuellement Labour - in a single shot - concept for a Workshop and Exhibition, un projet consacré aux gestes du travail, engagé à l’international (Europe, Proche-Orient, Asie, Amériques du Sud et du Nord, Afrique) ; l’une des stations de Labour est la HEAD – Genève, plus particulièrement son Département Cinéma et son option Information/Fiction, au travers d’un Atelier tenu en février 2012.

Jean Perret

Biographie

Harun Farocki est né en 1944 à Novy Jicin, en Tchécoslovaquie, dans une région annexée par l’Allemagne du Reich entre 1938 et 45 ; études de cinéma à la DFFB Berlin (1966-68). A ce jour, une bonne centaine de réalisations, de Zwei Wege en 1966 à Vergleich en 2009, son 103ème film. En 1982, Etwas wird sichtbar (en lien avec la guerre du Vietnam), était un titre programmatique d’une œuvre qui consiste à dévoiler, à rendre visible.
Intense activité de réflexion dans le Revue Filmkritik, Munich (1974-84). Cinéaste, vidéaste, photographe, auteur d’installations, enseignant à la Berkeley University (1993-99), à l’Akademie der bildenden Künste Vienne (2007-11), auteur de plusieurs ouvrages (dont One Image Doesn’t Take the Place of the Previous One). Rétrospectives, sélections dans de très nombreux endroits en Europe, en Amérique du Sud, à Singapour, aux Etats-Unis, au Canada, en Indonésie, ... La Documenta 12, en 2007, accueille Deep Play.

publié le 7 février 2012

modifié le 18 février 2019