Tariq Teguia : « comme un voleur dans la nuit »

Masterclass Tariq Teguia, Visions du Réel 2019 © Visions du Réel

En février dernier, Emmanuel Chicon (membre du comité de sélection de Visions du Réel) et Bertrand Bacqué (professeur au Département Cinéma de la HEAD - Genève), se sont longuement entretenus avec Tariq Teguia, hôte de la cinquantième édition du Festival international de cinéma de Nyon, qui lui rendait hommage à l’occasion de la présentation d’une sélection de ses films et d’une masterclass, organisée conjointement par Visions du Réel et la HEAD - Genève. Vous trouverez ci-dessous un extrait de l’entretien ainsi qu’un lien pour télécharger l’intégralité de cet entretien.

Comment en êtes-vous arrivé aux images ? Pouvez-vous nous décrire votre parcours qui va de la photo au cinéma en passant par la philo…Et l’importance qu’a eue pour vous le travail de Robert Frank, auquel vous avez
consacré votre thèse de doctorat ?

J’ai été étudiant en philo (jusqu’au DEA à Paris 1, ensuite la thèse à Paris 8) mais cela ne fait pas de moi un philosophe. Je ne me souviens pas de la manière dont je suis arrivé aux images, je n’avais pas de programme, j’ai navigué à vue, j’ai été là où les événements m’ont porté en quelque sorte… Je faisais de la photo, j’ai été assistant photographe de Krzysztof Pruszkowski. Mais je n’en ai jamais vécu. J’ai fait un petit passage dans un grand quotidien communiste (Alger Républicain) mais je ne dirais pas que j’ai été photographe de presse. Je n’ai pas non plus été enseignant, même si ça traine dans des bios ici et là. Je l’ai été durant six mois à l’École des Beaux-Arts d’Alger après ma thèse, mais je n’ai jamais pensé être enseignant, du moins pas de manière constante et affirmée…
Pendant mes études à Paris, je fréquentais la Cinémathèque qui se trouvait à la République, la salle de Paolo Branco, qui diffusait de la série B, du cinéma alternatif, des choses récentes, et je passais par mal de temps à la bibliothèque et au musée du Centre Pompidou. Donc, en faisant cette thèse sur Robert Frank, j’ai conjugué mon attrait pour les images… Il n’y a pas d’illumination, de destinée, juste des bifurcations qui m’ont amené aux images.

Qu’est-ce qui vous intéressait particulièrement dans la manière de Robert Frank d’aborder le visible ?
Je dois dire qu’avant la photographie américaine, il y a eu la littérature américaine. Adolescent, j’ai lu plus de littérature américaine que d’auteurs européens, en particulier français, alors que j’ai fait le lycée français à Alger. A cause des espaces déjà, de la « cavale » que je pressentais, et Robert Frank, son œuvre photographique majeure, c’est précisément ça. C’est l’histoire d’une traversée américaine contemporaine…Avec Robert Frank, j’ai conjugué mon intérêt à la fois pour la cavale et la littérature – car il était le contemporain et l’ami de Kerouac de Corso, et de Ginsberg qu’il a initié à la photographie…
Dans le jury de thèse, siégeait Pierre-Yves Pétillon, un grand américaniste français. Un jour, je me suis pointé dans son cours, qui portait sur les fictions américaines – cartographiques, en particulier, il m’a demandé sur quoi je travaillais. Je lui ai répondu que je travaillais sur une thèse consacrée à Robert Frank, et il m’a dit : « C’est bon, vous pouvez rester ! » Peu avant la soutenance de ma thèse, il m’a dit qu’il s’était intéressé à la littérature américaine en tombant justement sur les photos de Robert Frank. Sa démarche a été l’inverse de la mienne, mais on s’est retrouvé là-dessus…
Sans doute Robert Frank m’a appris à photographier ce qui ne l’était pas d’habitude, prendre en compte le creux, le temps mort, à l’opposé de tout un pan de la photographie française, en particulier d’un Henri Cartier-Bresson et de son « instant décisif ». Robert Frank photographiait de la durée, du bâillement, il y avait du grain, du décadré, du flou… Il gardait aussi le ratage et ça m’intéressait !
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publié le 29 avril 2019