Robinsoneries – journal des bords : Annabelle Galland

mardi 31 mars 2020

 
FLASH INFO: Will COVID-19 be the next contemporary art trend?

Est-ce que COVID-19 sera le prochain truc à la mode de l’art contemporain?

Est-ce qu’on va vraiment devoir se taper les 23 toiles et 32 performances sur le #CONFINEMENT quand on va enfin pouvoir sortir de nos chambres ? La question est apparue en papotant avec ma BFF (best friend forever) qui dit : « Mais bon c’est évident, il va y avoir un nombre incalculable d’étudiants qui vont modéliser des virus, faire des performances corporelles sur le confinement, créer n’importe quelle métaphore qui se rapprochera du virus et de la quarantaine de près où de loin… »

À première vue, ça ne semble pas être la fin du monde (quoique au vu de la situation on sait pas), les artistes se saisissent de ce qui les entoure, les touche de près ou de loin, pour créer des objets, des films etc…et au fond pourquoi pas…

Mais on peut quand même se poser la question: Va-t-on se retrouver avec un gros mood board prédigéré #VIRUS#VIRAL#GLOBALIZATION pour nos jurys de bachelor et est-ce que c’est pertinent ? Des gens vont forcément être atteints par le virus, peut-être perdre un ou plusieurs proches. Est-ce qu’on a vraiment envie de confronter ces gens à 23 toiles #COOL#VIRUS#LOGO#TOXIC et 35 perfos d’artistes pseudo-torturés qui racontent comment c’était incroyable et à la fois perturbant de rester enfermés chez eux pendant 3 semaines si bien qu’ils ont fait connaissance avec leur true-self ?

Justement l’art contemporain a tendance à se saisir de ce genre de sujet avec une avidité tout aussi réelle que celle d’un trader à la différence que c’est le caractère subversif de l’art contemporain qui lui fournit une forme de légitimité de tout dire, de tout montrer et ensuite de lui donner une valeur et parfois de le vendre: qui aura la meilleure réflexion, qui racontera l’histoire la plus intéressante, qui saura éviter le premier degré, saisir le contenu sans le dénaturer, jouer sur l’authenticité, la technique, etc …

Avec tout ça je me demande quelle est la bonne manière de traiter ce sujet (peut-être simplement de ne pas le faire). Parce que d’un côté, le monde change vite et nous surprend avec des événements qu’on ne comprend pas et forcement ça chamboule nos petits cœurs. De l’autre, ce serait quand même assez ironique que tout le monde fasse de cette crise son sujet de prédilection et qu’on se retrouve submergés par des oeuvres titrées COVID-19 autant qu’il existe déjà de sans-titre numéro 2 en peinture.

Surtout, on pourrait passer à côté de ce que peux vraiment nous apporter cet événement. C’est-à-dire : remettre en questions nos modes de productions, la quantité de matériaux qu’on utilise, comment l’institution dans laquelle nous étudions fonctionne. Est-ce que nous pouvons imaginer d’autres manières de vivre, créer et travailler ensembles, plutôt que de chacun faire un truc dans son coin, au point qu’on découvre souvent le travail de nos camarades le jours de leurs jury semestriel (oui même quand on est pas en confinement).

Pour résumer en tant qu’étudiantexs et (futur-?)artistexs/curatricexs/actricexs culturellexs, est-ce qu’on a vraiment envie que la HEAD et l’art contemporain restent ce qu’iels sont et absorbent ces événements hors-du-commun pour recracher du viral pseudo-subversifs ? Est-ce qu’on veut faire de cette expérience le prochain sujet trendy stylé fun cool avec dj-set après le vernissage ?