Robinsoneries – journal des bords : Antoine Bürcher

lundi 20 avril 2020

 
sur le rebord de la fenêtre, l’aquarium
j’aime bien sa présence au bord du vide
je sais plus pourquoi il est là lui
les vitres teintées de chlore
de temps à autre il se remplit avec la pluie
sur ma table de nuit transparente
les coquillages morts et des pierres
l’oeil de tigre brille au soleil
les rayons filtrés par le verre chloré
le brouillard dans la pièce et l’odeur de sauge
et ta voix mécanique ondule dans l’épaisse fumée
c’est toi qui m’as appris à devenir aveugle
on avait escaladé la clôture
nos habits étaient restés sur la plage
nos corps plongés dans les abysses
j’aimais bien l’odeur du lac
tu m’avais dit que c’était le sel
ton corps oxydé et mes bronches disent pareil
l’iris des marais se découvre sous la bassine de cuivre
et puis ta peau bleue parmi les roseaux
tu détournes le regard
porté sur nos jambes qui s’enfoncent dans le sol
on laisse le temps passer, on a le droit
ça fait du bien
on verra bien ce qui adviendra par la suite
en attendant, j’observe les vapeurs s’échappant de l’aquarium
et j’expose mon corps au soleil pour absorber un max de vitamines D