Robinsoneries – journal des bords : Juliette Boulliane

mercredi 8 avril 2020

 
Écrire des lettres

 
Messagères, elles rythment mes journées.

Chacune se construit à l’aide d’envies ou d’archives. L’accumulation m’apparaît soudain comme une qualité.

Un soupir se faufile entre les lignes, je tente de traduire la cohabitation avec moi-même pendant que la mine gratte le papier. Les traits ont remplacé la rougeur qui monte aux joues, le destinataire est pris à témoin. Une attente d’être lues flotte dans l’air, pourtant elles n’engagent à rien.

La couleur somnole et se blottit dans les creux, c’est la mi-temps.

La peur d’être oubliée se change en mots. Les espaces nécessaires à leur compréhension se déploient et laissent la parole au besoin d’exister. Patiemment, le Flou explique au Rationnel que le poids des mots enlève celui qui se trouve dans le ventre ou dans la tête.

D’une solitude familière à un isolement imposé, le plaisir du confort est vite remplacé par la culpabilité du privilège. L’angoisse de l’après a aussi envie de s’exprimer et rejoint la conversation ; elle pointe le jour où il faudra redevenir un être social.

Coupable, femme, inconnue, petite-fille, amante, artiste ?
Différents rôles se présentent à moi.

Le crayon gris s’imagine faire carrière pendant que l’encre signe déjà son premier contrat. De son côté, l’odeur coutumière sera la première à s’échapper par la rupture de l’enveloppe.

Quand est-ce qu’on part demandent les impatients ?

Arrive le temps des adieux, la troupe est fin prête à partir. Il ne me reste plus qu’à assurer leur départ avant de laisser l’expédition faire le reste. À l’ouverture s’enfuiront sommeil et quotidien.

Ma présence s’est transformée en signes.