Robinsoneries – journal des bords : Araya De Rossi

lundi 23 mars 2020

 

Primavera non bussa, lei entra sicura
Come il fumo lei penetra in ogni fessura
Ha le labbra di carne, i capelli di grano
Che paura, che voglia che ti prenda per mano
Che paura, che voglia che ti porti lontano.

 
– Fabrizio De André, Il chimico

 
Il est étrange de se voir soudain limité par l’espace et de comprendre comment notre créativité en dépend autant.
C’est comme si quelqu’un d’autre mettait de l’ordre dans notre espace de travail, le pinceau qui se trouvait dans cette boîte en particulier a disparu, n’existe plus, Si vous le trouvez, vous vous fâcherez parce que vous avez perdu votre temps à le chercher, si vous ne le trouvez pas, c’est la faute de la personne qui vous a aidé.
Mais pourquoi se mettre en colère ? Pourquoi le verre est-il toujours à moitié vide au lieu d’être à moitié plein ?
Peut-être que dans cette boîte, le pinceau se trouve par hasard à côté de la gouache au lieu de l’encre; tout à coup, vous ajoutez de la couleur à votre peinture.
Et donc, même si les rues sont vides, les hôpitaux pleins, les activités fermées, le printemps vient danser avec son chant d’oiseaux accompagné de parfums et de couleurs vives, nous rappelant que nous sommes comme des petits pissenlits qui n’ont pas besoin d’un immense champ pour faire briller leur jaune.

Revenir à la réalité parallèle caractérisée par un environnement inhabituel est parfois profondément angoissant car il m’incite à penser à moi plus que je ne le devrais.
Ce que cela peut faire à ma pratique, c’est la quantité de statistique, qui réduit les vies humaines à un nombre à la merci d’un virus qui se propage rapidement.
Les autres qui sont pas touchés vivent dans la paranoïa où l’ennui des jours qui suivent, créant des stratagèmes amusants pour alléger le moment. Mais si nous n’avions pas d’intérieur, comment aurions-nous communiqué ?

Sur l’île de La Gomera, aux Canaries, il existe une langue, le silbo gomero, qui est basée sur les sifflements. Les voyelles sont regroupées en deux groupes, les sifflements graves (a,o,u) et aigus (e,i) tandis que les consonnes sont inscrites dans des sifflements graves et aigus continus ou interrompus, ceux-ci sont capables de synthétiser 4000 mots et concepts.
Dans le passé, elle était utilisée par les bergers pour communiquer à grande distance à travers les profondes vallées qui, disposées en rayons, traversent toute l’île.
La question de la communication est probablement ce qui m’intéresse le plus, comment un geste « simple », comme des applaudissements à une certaine heure, peut devenir, dans une situation qui rend inaccessible le mouvement physique d’un nouveau langage corporel à distance.