I dream to love.be a jersey girl- Performance Lynn Briggs

Les techniques de survie permettent à un être humain de vivre dans un environnement hostile. En général, ces techniques permettent de combler les besoins primaires de l’humain : la possibilité de bien penser, de demander de l’aide, de se déplacer en toute sécurité, et d’éviter les interactions dangereuses avec d’autres êtres vivants entre autre. La plupart de ces techniques proviennent des constructions et des capacités sociales que l’être humain a développé depuis des milliers d’années. Elles permettent de mieux profiter des séjours prolongés en milieu fréquenté. Certaines personnes utilisent aussi ces compétences pour mieux apprécier la vie. Le terme « jersey girl » s’applique à des femmes dont l’attitude féministe est à mon sens sous-estimée.

J’ai décidé de comprendre ce terme (« jersey girl ») et ce qu’il représente comme une technique de survie, une adaptation au système patriarcal et misogyne en place qui évolue à côté, en parallèle. Elles poussent à l’extrême les codes physiques de la féminité actuelle qu’elles associent à un comportement qui se rapproche plus du comportement acceptable pour un homme d’aujourd’hui, une apparence assurément « sexy » se met en tension avec une attitude « virile ».

L’utilisation des codes préexistants pour évoluer dans des environnements qui ne laissent que très peu de place aux femmes me semble être un mécanisme d’évolution tout à fait efficace. Les accepter et les détourner en les associant à ce qui semble utile pour pouvoir prendre la place qu’elles désirent.

Une description physique grossière consisterait en l’habitude de montrer ses sous-vêtements, derrière un décolleté plongeant par exemple, des talons terriblement hauts de très mauvaise qualité, des cheveux longs qui font soit des grosses boucles bien régulières soit qui sont tout à fait raide, le volume est important dans les deux cas, ils sont blonds clairs ou bruns foncés; le bronzage est un attrait essentiel, il tire vers le orange ou le brun dépendant du grain de peau naturel et de la technique utilisée (autobronzant, solarium, accélérateur de bronzage, etc); des vêtements courts moulants et décolletés, les couleurs vives, le motif léopard, la dentelle, les strass et les matières brillantes sont fréquentes; les bijoux sont raccords et « shine » aux oreilles, au cou, aux poignets et même aux orteils. Le maquillage quant à lui est marqué: les lèvres sont plutôt dans les tons roses clairs, ce qui détonne avec leur teint halé, les yeux sont cernés de noir et entourés de cils tellement longs qu’ils touchent presque la pommette. Il est important également d’aborder l’aspect « dérangeant » de leur comportement. En effet, la « jersey girl » prend énormément de place, elle n’hésite pas a boire de l’alcool jusqu’à l’exagération, elle revendique un fort caractère et n’hésite pas à s’engager physiquement dans des situations difficiles (se battre, porter un poids), son vocabulaire peu soutenu voir vulgaire et un ton de voix trop élevé ajoute encore à l’attitude débordante qui les caractérise. Finalement, leur sexualité débridée dont elles ne prennent « même pas la peine » d’avoir honte fini de placer cette figure en marge de la vision traditionnelle de la femme américaine et occidentale. L’ancrage dans les tensions de classes sociales n’est pas à négliger. En effet la figure de la jersey girl vient de milieux relativement pauvres et peu éduqués. Elles sont les citadines des périphéries, elles évoluent entre deux énormes villes (New-York et Philadelphie), et suivent leur propre tendance. Une mode qui favorise la quantité à la qualité et qui cherche à attirer les regards.

I dream to love.be a jersey girl- Performance Lynn Briggs. Jury Interactivité sem.I janvier 019

Posted by Simon Senn

Pro atelier vidéo
Vit et travaille à Genève, Suisse. Simon Senn a obtenu un Bachelor au sein du pôle Arts-Action de la HEAD de Genève et un Master à Goldsmiths University of London. Son travail a été exposé dans divers lieux tel que le Kunstmuseum Bern, le Kunstmuseum Thun, la galerie Nicola Von Senger à Zurich et à ArcoMadrid. ll est lauréat du prix fédéral d’art et du prix Kiefer Hablitzel.

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