Le re-enactment de Bobby K. par Philippe Parreno

Le re-enactment de Bobby K. par Philippe Parreno. Les Rencontres photographiques d’Arles 2018.

En 1968, Paul Fusco prend en photo l’Amérique depuis le train funèbre transportant Bobby Kennedy jusqu’à Washington DC. Elle se montra sous les figures les plus diverses d’âges, de cultures, de situations sociales. Les clichés, qui témoignent de l’émotion, de la fierté collective, de l’espoir brisé, ont souvent un léger flou dû aux mouvements des corps et des têtes lorsque les gens regardaient le train passer, ou plutôt le wagon où se trouvait le cercueil. Mais lorsque les spectateurs voyaient Paul Fusco prendre ses photos, leur regard réagissait aussi ; l’acte du photographe perturbait la relation de chacun avec le cercueil.

Découvrant avec fascination ces photos en 2008 dans l’édition d’Aperture, Philippe Parreno a réinvesti à la fois ce moment historique et la démarche photographique, intéressé par le traitement de l’événement, ce qui est une constance de son œuvre. Il a voulu rompre le lien photographe/sujet photographié et poser un autre regard sur la commémoration.

De la photo, il est passé au cinéma, c’est-à-dire à la narration sous l’apparence du documentaire dont il dépasse le genre. Par son style propre, « June 8 1968 » devient une expérience immersive de 7 minutes, à laquelle on peut avoir accès sans même connaître l’œuvre de Paul Fusco. L’onirisme s’impose et le film peut être perçu comme une dérive dans le temps et l’espace.

En 2009, Philippe Parreno opère une reconstitution jouée, un re-enactment et utilise la technique du film 70 mm, au format très large et aux images précises. Il loue un train et le fait circuler sur quelques séquences du même trajet ; il a recruté une centaine d’acteurs revêtus d’habits des années 60, les a placés à certains endroits pris par Fusco, d’autres plus librement et leur a donnés la consigne de rester immobiles et d’adopter une attitude la plus proche possible de celle des sujets saisis par Paul Fusco.

Posted by Simon Senn

Pro atelier vidéo
Vit et travaille à Genève, Suisse. Simon Senn a obtenu un Bachelor au sein du pôle Arts-Action de la HEAD de Genève et un Master à Goldsmiths University of London. Son travail a été exposé dans divers lieux tel que le Kunstmuseum Bern, le Kunstmuseum Thun, la galerie Nicola Von Senger à Zurich et à ArcoMadrid. ll est lauréat du prix fédéral d’art et du prix Kiefer Hablitzel.

Présence: jeudi sur rendez-vous
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